17 mai 2018
Les fumeurs et la santé
Par: Le Courrier
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Pus capable! Pus capable de me faire faire la morale par monsieur et madame tout le monde à propos de ma consommation de tabac! Vous n’avez jamais fumé ou vous avez réussi à arrêter et vous avez retrouvé votre jeunesse? Bien tant mieux pour vous! Bravo! Deux morceaux de robots! Vous vous croyez aptes, dès lors, et dans vos droits de me dire à moi, comme ça, sur le coin d’une rue, sans même me connaître, que je devrais cesser de fumer, pour MA santé ou pire, pour la santé des autres? Vous vous prenez pour qui pour me juger et me dire quoi faire! Les propriétaires refusent de louer à des fumeurs, on ne peut plus fumer dans les parcs, ni devant les immeubles et les commerces, pis vous continuez à nous harceler, à nous juger, à nous mépriser, à critiquer notre comportement, que vous jugez de haut comme étant moralement ou civilement « irresponsable »?!

J’avais un grand ami, qui était infirmier auxiliaire, et qui ne cessait de me convaincre d’arrêter de fumer. Il me décrivait tout le processus biologique et le mal que le tabac causait à mon corps. Lui, qui s’alimentait si bien, qui prenait grand soin de sa santé et de celle de ses deux enfants, bien il s’est suicidé un jour.

La santé physique, c’est une chose, la santé mentale, ça en est une autre. Chez les fumeurs, la cigarette remplit plusieurs fonctions. Bien sûr, elle vient combler le besoin en nicotine du corps, mais elle sert aussi à se calmer, à décompresser, à se désennuyer, à chasser la timidité et les malaises, à exprimer son identité et à ressentir du plaisir. L’anxiété, l’ennui, la pauvreté, le mal de vivre, ne sont pas causés par le tabac, mais bien par la vie, et cela justifie son recours, tant celle-ci peut être difficile à supporter. De fait, deux fumeurs sur trois sont pauvres. 

Je vous entends déjà : ils sont pauvres, car ils dépensent leur argent en cigarettes! C’est vrai que ça leur coûte la peau des fesses de fumer, mais le choix qui s’impose à eux n’est pas si simple. D’abord, ils ont commencé à fumer tôt, dans des familles où le père et/ou la mère fumaient déjà. Puis, ils doivent se convaincre eux-mêmes que leur vie irait mieux sans tabac, en fonction d’un idéal personnel à atteindre. Or, c’est la société qui met de la pression sur eux afin qu’ils arrêtent leur consommation. La volonté de cesser de fumer ne vient pas d’eux, mais de la collectivité, qui désire construire un monde « sain », un monde sans tabac. Leur santé physique ne les tient pas à cœur autant qu’à elle. On peut imaginer ici les dérives potentielles d’un tel paternalisme.

La santé physique, c’est bien beau, mais à force de l’imposer, elle rend le monde malade! La santé n’exige pas de vivre le plus longtemps possible, encore moins d’avoir des abdos plats. C’est risible de croire qu’en comptant les calories ingérées et le nombre de nos pas, on soit plus en santé. De penser qu’en se démenant seul sur des tapis d’entraînement, on donne le bon exemple, on agit moralement. Prendre soin de sa santé est important, mais ça demeure un choix personnel. Beaucoup de jeunes adeptes de sports extrêmes risquent les blessures et la mort en les pratiquant, mais ils ne feraient pas autrement, car ils aiment ça. 

Les fumeurs toussent leurs poumons et c’est pathétique, mais ce qui leur fait le plus mal, c’est d’être jugés avec condescendance comme des parias par une société qui les rejette et qui les traque même. La tolérance ne s’applique pas seulement envers les immigrants, mais à tout le monde, même si on n’est pas d’accord avec eux.

Les publicités gouvernementales, qui enseignent aux jeunes que fumer est pire que boire de la bave de mouton, lécher des poissons crus, manger des vers vivants, des ongles incarnés et des grosses araignées, cultivent la mise à l’écart, le mépris des fumeurs. Dire que les médecins fumaient dans leur bureau d’hôpital à une certaine époque. Dirait-on d’eux qu’ils étaient de gros dégueulasses, des porcs sans intelligence, sans jugement, qui méritaient d’être méprisés? Ces publicités sont immorales, injustes et de très mauvais goût. Elles me donnent envie d’en fumer une. 

 

Stéphane Flibotte
Saint-Hyacinthe

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