4 janvier 2018
Les leçons de la Ville : « penser à l’impensable »
Par: Maxime Prévost Durand
Chantal Frigon, aujourd’hui directrice générale adjointe à la Ville de Saint-Hyacinthe, avait été aux premières loges des interventions de la municipalité durant la crise du verglas.  Photothèque | Le Courrier ©

Chantal Frigon, aujourd’hui directrice générale adjointe à la Ville de Saint-Hyacinthe, avait été aux premières loges des interventions de la municipalité durant la crise du verglas. Photothèque | Le Courrier ©

Après avoir traversé la crise du verglas selon les meilleurs moyens qu’elle possédait à l’époque, la Ville de Saint-Hyacinthe a tiré plusieurs leçons de cet événement marquant qui a secoué toute une population pendant près d’un mois.

« Notre expérience d’évacuation jusqu’à ce moment, c’était lors de grosses tempêtes de neige qui forçaient la fermeture de l’autoroute 20 et où l’on devait héberger des gens pendant 24-48 h ou encore à la suite d’un incendie majeur, souligne la directrice générale adjointe de Saint-Hyacinthe, Chantal Frigon. D’être capable de prendre en charge une population qui frôlait les 50 000 personnes à l’époque et de les accueillir dans un milieu de vie acceptable, ça a pris tout le monde par surprise. Même le meilleur plan ne pouvait l’imaginer. C’est ce qui a été la bougie d’allumage pour penser à l’impensable. »
Bien qu’elle possédait déjà un plan de mesures d’urgence (aujourd’hui appelé plan municipal de sécurité civile), la Ville avait dressé dans l’année suivant le verglas une liste de 80 recommandations afin d’améliorer son efficacité en cas de crise. Parmi ces celles-ci, il était notamment question de doter l’hôtel de ville d’une génératrice permanente, d’identifier des locaux aptes à accueillir les responsables des services à la population, d’améliorer le fonctionnement du centre des mesures d’urgence et d’apporter les correctifs nécessaires aux rôles et responsabilités des membres de l’organisation municipale d’urgence.
« Toutes ces recommandations sont loin derrière nous, soutient Mme Frigon, qui était coordonnatrice au développement communautaire du Service des loisirs en 1998. [Depuis la crise du verglas], on a révisé deux fois notre plan de mesures d’urgence et, l’an prochain, on le révisera une troisième fois pour le rafraîchir encore. On est vraiment rendu avec un plan qui touche l’ensemble des aspects. »
La Ville a même poussé plus loin en développant des plans « particuliers », reliés à des risques très précis comme le déversement de produits toxiques ou encore le déraillement d’un train afin d’être prête à intervenir convenablement en pareilles situations.
La Commission Nicolet et des alliances institutionnelles
Les difficultés rencontrées sur le terrain entre les différents intervenants lors de la crise du verglas avaient aussi mené à une prise de conscience globale au Québec, laquelle a été adressée lors de la Commission Nicolet.
« On s’est rendu compte que les rôles n’étaient pas clairs avec le gouvernement provincial », soutient la DG adjointe de Saint-Hyacinthe. Aujourd’hui, les responsabilités de chacun des intervenants sont clairement définies. « Les plans des municipalités sont maintenant construits sous la même arborescence que ceux des niveaux régional et provincial. On est donc capable de faire des croisements quant au niveau de responsabilité de chacun et on peut s’arrimer quand un événement devient d’envergure supra régionale ou nationale », ajoute-t-elle.
Certaines alliances se sont aussi formées durant la crise, notamment entre la Ville et la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe concernant l’hébergement des sinistrés. Le réseau de la santé avait aussi été mis à contribution pour répondre aux nombreuses demandes sur les sites. « Depuis le verglas, cette collaboration institutionnelle n’a jamais cessé à tous les égards. Elle est devenue pour nous une certitude qu’il fallait que ce soit inscrit dans notre plan de mesures d’urgence », poursuit Chantal Frigon.
Mieux outillée et plus alarmiste
La Ville de Saint-Hyacinthe assure aujourd’hui être mieux outillée pour faire face à une situation d’urgence d’envergure comparable à celle de la crise du verglas. Mais au-delà des plans théoriques, le caractère imprévisible des situations d’urgence reste un facteur dont elle doit tenir compte.
« Peu importe l’outil dont on se dotera, l’hypothèse que l’on fera sur ces situations et la façon dont on préparera nos équipes, il ne faut jamais perdre de vue qu’on ne sait pas ce qui va arriver, concède Mme Frigon. On est plus alarmiste qu’on ne l’était à l’époque et c’est probablement une bonne chose. Mais malgré tous les plans, il y a des éléments sur lesquels on n’a pas le contrôle », conclut-elle.

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