12 novembre 2020
Embauche à la Ville de Saint-Hyacinthe
Les Maskoutains barrés?
Par: Martin Bourassa

D’abord une évidence. Celle qui succèdera à Me Hélène Beauchesne à titre de directrice des services juridiques et greffière à la Ville de Saint-Hyacinthe aura de très grands souliers à chausser.

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Après 33 ans de services, dont 22 ans comme greffière et les 14 dernières années au poste combiné de directrice des Services juridiques et de greffière, Mme Beauchesne est une référence respectée dans son domaine. Dotée d’un jugement inébranlable, elle n’était pas facile à prendre en défaut, même si je ne partageais pas toujours son point de vue sur l’application de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

Son rôle stratégique est indéniable dans l’appareil municipal et c’est pour cela que son remplacement exige la plus grande des attentions, dans la mesure où on n’a pas su préparer son départ à la retraite en formant une relève à l’interne.

L’offre d’emploi faisait deux pleines pages sur du format légal. Les principales fonctions étaient au nombre de 25 (!) et les exigences rattachées au poste s’élevaient à six. Grâce à la controverse qui a éclaté à la table du conseil municipal lors de la nomination de sa remplaçante, on sait qu’il y avait deux candidats au terme du processus, soit Geneviève Lauzière, qui a été retenue, et « un jeune notaire » de Saint-Hyacinthe dont le nom n’a pas été précisé et dont la profession n’aurait pas dû l’être.

Le bouillant conseiller Bernard Barré, fidèle à ce qu’il a toujours défendu à cette table, aurait souhaité que l’on donne une chance au candidat local. Il s’est d’ailleurs fait demander par sa collègue Annie Pelletier s’il avait un préjugé à l’égard des candidatures de l’extérieur. On le comprend d’avoir explosé comme il l’a fait. Et on l’encourage à continuer de sensibiliser ses collègues aux mérites des Maskoutains.

Car l’important n’est pas tant de savoir si M. Barré a un préjugé envers les gens de l’extérieur qui postulent chez nous. Ce qu’on aimerait comprendre, c’est pourquoi les comités de sélection de la Ville de Saint-Hyacinthe ne semblent pas avoir un préjugé favorable envers les candidatures de la place. Craint-on qu’un candidat enraciné dans le milieu, qui connaît ses subtilités, ses influences et qui possède déjà son réseau de contacts soit plus difficile à encadrer, à museler? Qu’il soit une menace à la culture du secret et de control freak si présente dans les hauteurs de l’hôtel de ville?

Nos archives renferment plusieurs exemples où la Ville de Saint-Hyacinthe donne l’impression de bouder le talent local au moment des embauches. Pourquoi? Tenir compte du lieu de résidence est discriminatoire, répliquent la direction générale et le maire Claude Corbeil à cette question. Ce n’est qu’à compétence égale qu’on pourrait s’attarder au lieu de résidence pour départager deux candidatures et même encore, plaide-t-on en avouant qu’il n’y a jamais réellement deux candidatures de compétences égales à un même poste.

Or, on s’entend que dans la vraie vie, toutes les organisations vont accorder une importance relative au lieu de résidence ou à la connaissance du milieu des candidats en entrevue sans pour autant le crier sur tous les toits. Ne devrait-on pas faire de la connaissance du milieu une exigence dans la mesure où rien n’empêche un non-résident de bien connaître la ville où il souhaite œuvrer?

Aux yeux du comité de sélection, il n’y avait pas de doute sur les compétences supérieures de Mme Lauzière versus le candidat local. Alors, regardons de plus près les exigences recherchées. En tout premier lieu, la perle rare devait être membre du Barreau ou de la Chambre des notaires, comme c’était le cas de la notaire Beauchesne. Inscrite à la Master en administration publique à l’École nationale d’administration publique, Mme Lauzière n’est ni avocate ni notaire. Elle devra par ailleurs, exigence numéro 3, s’engager à maintenir à jour ses connaissances en droit.

L’exigence liée à l’expérience pertinente de 10 ans a donc pesé plus lourd que la formation dans la balance. Mme Lauzière a déjà occupé divers postes de greffière ou de greffière adjointe au niveau municipal. Mais elle bénéficiera tout de même de la supervision étroite de Mme Beauchesne de la fin novembre jusqu’au mois de février, le temps qu’elle s’acclimate à son nouvel environnement.

Mais on aurait aussi bien pu offrir le même support au candidat local, le temps qu’il se familiarise lui aussi avec une machine municipale qu’il connaissait peut-être déjà trop bien de l’extérieur.

Bonne chance à Mme Lauzière.

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