18 septembre 2014
Inégalité des congés parentaux
Les parents adoptifs reviennent à la charge
Par: Jennifer Blanchette
Pour obtenir un congé parental de la même durée que celui d’un parent biologique, Marielle Tardif, la mère adoptive de Francis, a dû se priver de salaire durant quatre mois.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Pour obtenir un congé parental de la même durée que celui d’un parent biologique, Marielle Tardif, la mère adoptive de Francis, a dû se priver de salaire durant quatre mois. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Un groupe de parents adoptifs militant pour l’égalité des congés parentaux a relancé sa pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale, la première initiative étant restée lettre morte au gouvernement. La Maskoutaine Marielle Tardif dénonce l’iniquité du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), qui accorde un congé plus long aux parents biologiques qu’aux parents adoptifs.

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Actuellement, le RQAP prévoit un congé de 55 semaines pour les parents biologiques, tandis que les parents adoptifs ne bénéficient que de 37 semaines, « une injustice » selon Mme Tardif. La différence s’explique par les 18 semaines accordées à la mère pour se remettre des impacts physiques de l’accouchement.

« Nous ne remettons pas en doute ces 18 semaines, mais pendant ce temps, les mères ne mettent pas leur enfant dans un tiroir pour se rétablir, elles s’en occupent aussi », juge la Maskoutaine et maman de Francis, un petit Coréen adopté en 2011.

C’est pourquoi le groupe de quatre parents réclame, via une nouvelle pétition disponible sur le site Internet de l’Assemblée nationale, la création d’un congé d’adaptation post-adoption de 18 semaines, ce qui permettrait aux familles adoptives d’obtenir un congé de même durée que ceux des familles biologiques.

De nombreux intervenants du milieu de l’adoption affirment que l’enfant adopté devrait demeurer auprès de ses parents adoptifs durant un an, une période parfois difficile au cours de laquelle se développera le lien d’attachement.

Or, certains couples sont obligés de retourner au travail après 37 semaines, faute de moyens financiers, déplore Marielle Tardif.

« Mon conjoint et moi avions fait le choix que je reste à la maison une année complète, donc quatre mois sans salaire. Heureusement, car ce fut un choc au début. Francis ne dormait pas, il faisait de grosses crises nocturnes et ne voulait pas être approché. Après six mois, la situation a commencé à s’améliorer pour se résorber complètement deux ans plus tard », explique Mme Tardif.

Le groupe de parents adoptifs assure que la bonification du RQAP, un régime auquel contribuent employés et employeurs du Québec, est une mesure réaliste qui engendrerait une augmentation de 0,3 % des coûts totaux des prestations.

« Ce que nous demandons, c’est une hausse d’environ 7 M$ sur un montant de prestations annuelles de 1,87 G$. Puisque la dette du RQAP sera renflouée dès 2017, pourquoi ne pas donner suite à notre demande tout de suite », se questionne la maman de Francis.

Elle souligne d’ailleurs qu’en diminuant très légèrement le revenu maximal assurable (69 000 $ en 2014), cela permettrait de corriger l’iniquité sans affecter la majorité des familles.

« Évidemment, nous ne voulons pas corriger une injustice par une autre », reconnait Marielle Tardif.

Du côté de Québec, les effets de la compression budgétaire se font ressentir. « Le ministère n’est pas en mode bonification du RQAP, mais plutôt en mode absorption du déficit jusqu’en 2017 », indique l’attaché de presse du ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Le Journal de Montréal avançait plus tôt cette semaine que le gouvernement Couillard jonglerait avec l’idée de réduire la durée des prestations du RQAP afin d’atteindre l’équilibre budgétaire.

Jusqu’à maintenant, plus de 3 800 personnes ont signé la pétition du groupe de parents adoptifs, en ligne jusqu’au 26 septembre.

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