11 février 2021
Boom immobilier à Saint-Hyacinthe
Les prix explosent dans un marché sous pression
Par: Jean-Luc Lorry

Photo François Larivière | Le Courrier ©

Une frénésie certaine secoue le marché immobilier à Saint-Hyacinthe. Sur la photo, l’avenue Coulonge dans le district Douville. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Acheter une résidence à son goût située dans la grande région de Saint-Hyacinthe relève actuellement du défi. Les courtiers immobiliers contactés par LE COURRIER n’hésitent pas à qualifier de « fou » le marché maskoutain. Le peu de propriétés disponibles trouve preneur en un temps record auprès d’acheteurs prêts à surenchérir pour mettre la main sur les biens convoités.

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« Cela fait 36 ans que je travaille dans le secteur immobilier. C’est du jamais vu d’avoir un marché favorable aux vendeurs », indique en entrevue Johanne Brabant, courtier immobilier dans l’équipe Brabant – Levasseur affiliée à Royal LePage.

Habituellement, cette professionnelle d’expérience dispose d’un éventail d’une quarantaine de propriétés à vendre. « Nos maisons se vendent très rapidement. Il en restait cinq hier [le 8 février], quatre aujourd’hui. Nous en inscrivons deux autres cette semaine et tout devrait être parti dans sept jours! », souligne Mme Brabant.

Elle estime que les surenchères atteignent en moyenne 40 000 $ au-dessus du prix demandé. En plus de payer plus cher, certains acheteurs se passent de l’habituelle inspection préachat pour accommoder le vendeur.

Dans la présente situation, Mme Brabant déconseille de vendre sa propriété par ses propres moyens. « Je crois que celui qui vend par lui-même perd des milliers de dollars. Les gens n’ont pas l’expertise pour négocier avec plusieurs acheteurs qui vont jouer la carte de la surenchère », considère-t-elle.

Offres d’achat à la pelle

Courtier immobilier depuis 17 ans, Jasmine Bousquet estime que satisfaire des clients acheteurs devient plus compliqué que jamais.

« On ne sait plus quel montant il faut offrir aux vendeurs. Il y a un mois, j’ai négocié pour une maison située à Beloeil où il y avait 37 offres d’achat. Cette résidence s’est finalement vendue 125 000 $ au-dessus du prix demandé », illustre Mme Bousquet, de l’équipe PJM chez RE/MAX.

« De nombreux acheteurs proviennent de l’extérieur de Saint-Hyacinthe. Parmi ceux-ci, beaucoup résident à Montréal et disposent de moyens financiers pour surenchérir sur la propriété visée », poursuit-elle.

Rareté de l’offre

Selon les courtiers immobiliers Benoit Beaulieu et Vincent Lainesse, la rareté de l’offre coïncide avec le début de la rise sanitaire.

« Au lieu de vendre leurs propriétés pour aller s’installer dans un condo ou une résidence, les personnes âgées avaient tout intérêt à rester chez elles [d’où l’inventaire à la baisse] », estime Benoit Beaulieu, courtier immobilier chez Proprio Direct.

À l’instar de ses collègues, Benoit Beaulieu doit composer avec le phénomène de la surenchère. « Il n’est pas rare de recevoir plus de 10 offres en quatre jours pour une même propriété. Cela crée une démesure du prix de vente. Notre inquiétude comme courtier est la capacité du créancier [institution financière] à financer une propriété qui s’est vendue largement au-dessus du prix affiché », mentionne M. Beaulieu.

Ces derniers mois, Vincent Lainesse, courtier immobilier dans l’équipe Milotte-Lainesse-Solis chez Via Capitale, constate beaucoup de frustration chez la clientèle. « Nous avons vendu une maison dans le secteur Douville [sur laquelle il y a eu simultanément] 12 offres d’achat. Cela signifie que 11 personnes ne sont pas de bonne humeur parce qu’elles n’ont pas obtenu satisfaction. Il y a tellement de compétition sur le marché que les acheteurs n’ont plus le luxe de pouvoir négocier et de prendre leur temps pour faire inspecter une propriété », indique M. Lainesse.

Selon lui, les clients sont prêts à tout pour conclure une transaction ces temps-ci. « Un montant de 50 000 $ au-dessus du prix demandé, ce n’est pas rare », de conclure M. Lainesse.

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