10 octobre 2019
Les relocalisations peuvent être positives, affirment le maire et le promoteur
Par: Rémi Léonard

Le maire Claude Corbeil a réagi à la manifestation de solidarité envers les locataires de l’avenue Saint-François le jour même de sa tenue. Photothèque | Le Courrier ©

À peine quelques heures après une action de visibilité tenue lundi par des manifestants au centre-ville de Saint-Hyacinthe, le maire Claude Corbeil leur a répondu dans son mot d’ouverture à la séance du conseil, le soir même.

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S’il assure avoir bien compris qu’il y a de l’opposition face « aux orientations définies par les élus pour le centre-ville », le maire demeure convaincu de la pertinence de cette vision, arguant même que l’avenir du quartier en dépend. « Pour dynamiser le centre-ville, il nous faut plus de résidents » et cet objectif passe nécessairement par la densification du secteur, a-t-il expliqué. La plus grande menace pour le centre-ville serait plutôt l’inaction, à son avis.

« J’ai entendu certaines choses qui se sont dites à cette marche et les cheveux me sont dressés sur la tête, a-t-il rapporté. […] On a parlé d’évictions, mais à mon sens, ce n’est pas ça », a réagi le maire, répétant qu’il y a moyen pour le promoteur de « faire les choses correctement » et que c’est le rôle de la Ville de s’en assurer. Comme preuve, il a cité en exemple les démarches pour relocaliser les treize locataires du bâtiment de l’avenue Saint-Simon acheté par la Ville en 2018 pour faire du stationnement. « Un an plus tard, tout s’est bien passé et chacun des locataires a vu ses conditions de logements améliorées en même temps que son loyer diminuer. […] Mais ça, personne n’en parle », a-t-il évoqué.

C’était aussi le souhait exprimé par la porte-parole de Groupe Sélection, Mylène Dupéré, vice-présidente aux affaires publiques et aux communications corporatives pour le promoteur, jointe au lendemain de la manifestation. « On travaille toujours à relocaliser les locataires dans un endroit qui réponde à leurs besoins », a-t-elle répondu. Tout en reconnaissant que le processus prend du temps, elle assure que la priorité de l’entreprise reste de bien – et même idéalement de mieux – reloger les locataires concernés.

« On travaille pour trouver des solutions en collaboration avec la Ville et l’Office d’habitation dans ce dossier », a-t-elle indiqué. Le nouveau projet de logement social et abordable Le Concorde pourrait notamment se révéler une option logique pour reloger certains locataires, a-t-elle donné en exemple. « Nous avons l’assurance de l’Office que les gens avec qui on transige auront priorité dans la liste d’attente », a-t-elle aussi ajouté, en contradiction manifeste avec ce que la Ville avait assuré cet été aux citoyens. Prenant acte de la manifestation, Mme Dupéré a aussi indiqué que l’entreprise « trouve important d’entendre ce que les gens ont à dire. On veut comprendre, être à l’écoute », a-t-elle réagi.

Pas convaincus

Après le laïus du maire, des participants à la marche ont tout de même relancé le conseil à la période de questions, ce lundi. L’imposition d’un quota de logements abordables dans les projets immobiliers a une fois de plus retenu l’attention, mais le conseil n’a toujours pas statué sur cette question, a indiqué le maire.

La citoyenne Suzanne Viens a également soulevé le fait que 104 logements abordables ont été détruits par la Ville ou par le feu ces dernières années. « Derrière ces chiffes, c’est des drames qui se vivent », a-t-elle évoqué. Heurtée par la vision exprimée par le maire quelques minutes plus tôt, la citoyenne Nicole Jetté a quant à elle exprimé son ras-le-bol quant au discours municipal qui mise sur la mixité sociale au centre-ville, c’est-à-dire l’arrivée de gens plus fortunés dans le secteur. « Lens gens pauvres se sentent comme une gang de coquerelles qu’on veut tasser dans un coin », a-t-elle évoqué, avertissant aussi qu’une taxe sur le logement social ne ferait qu’accroître la discrimination qui existe envers ces citoyens.

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