10 mars 2016
Lettre d’appui aux Centres de la petite enfance
Par: Le Courrier
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Bonjour Mme Soucy,

Nous sommes parents de deux enfants qui ont ­fréquenté le centre de la ­petite enfance Alakazoum situé à deux pas du cégep de Saint-Hyacinthe. Notre satisfaction ­personnelle envers ce service, jointe à nos valeurs personnelles, font en sorte que nous vous écrivons cette lettre afin de vous convaincre :

1) De continuer de financer adéquatement les services de garde publics;

2) De vous assurer que ces services ­demeurent accessibles financièrement à toutes les familles dans un souci d’équité et de justice sociale.

Le choix d’un milieu de garde n’est pas facile pour un parent. Nous voulons que nos enfants soient en sécurité, qu’ils soient bien nourris et qu’ils évoluent dans un environnement sain et stimulant avec une personne compétente et ­aimante. Il faut beaucoup de coeur pour s’occuper de 5 ,6 ,7, 10 enfants de longues journées : ça prend de la ­patience, de l’amour et la préoccupation de donner à nos tout-petits l’attention et les outils dont ils ont besoin pour bien se développer. Après tout, nous savons qu’ils ne resteront pas des enfants toute leur vie…

Bien sûr, comme toutes bonnes choses, ces services ont un coût. Nous avons fait le choix, comme société, lorsque les CPE ont été mis en place, de rendre ce coût accessible afin de permettre aux parents – surtout aux mères – ­d’intégrer le marché du travail à peu de frais. Par ce choix, nous nous sommes aussi assurés qu’en l’absence d’une ­présence parentale, nos enfants soient dans les mains de personnes ­compétentes et qualifiées, une considération à prendre en compte lorsque nous avons à coeur le bien-être de nos enfants.

Parce qu’ils fréquentent un CPE, et que ceux-ci, pour fonctionner, doivent se soumettre aux standards de qualité de l’État, nous savons que nos enfants bénéficieront d’une alimentation nutritive, d’un programme d’activités variées et éducatives, qu’ils évolueront dans un milieu sécuritaire et propre et que les ­personnes chargées d’en prendre soin auront des conditions de travail ­satisfaisantes.

Éduquer des enfants et leur offrir un milieu de vie sain et sécuritaire est un ­travail. Et ça a de la valeur à nos yeux. ­Malheureusement, en raison des ­compressions actuelles et du rehaussement des frais de garde qui s’ajoutent à une longue série d’augmentations de frais de toutes sortes, ces institutions – comme l’ensemble du système public – sont en péril. Depuis la ­majoration des frais de garde en fonction du revenu, qui, disons-le ­franchement, dédouble le principe même de nos différents paliers d’imposition, les familles se tournent vers le privé qui peut se révéler plus avantageux. De plus, vous imposez plusieurs autres compressions aux CPE qui se retrouvent dans la position délicate de devoir faire des choix qui menacent, à court et moyen terme, la qualité des services offerts à nos enfants, ce qui est aussi ­inacceptable qu’injustifiable.

Les garderies privées, même si, j’en suis persuadée, peuvent fournir un ­service de qualité à nos enfants, ne sont pas la solution à envisager pour les ­familles, les enfants, et les travailleurs du Québec. Mais comme tout milieu ­privé, soumis aux lois du marché, elles favorisent la disparité dans l’offre de ­services. Comme parent, il est ­impensable de songer à devoir laisser son enfant dans un service de garde de moins bonne qualité pour des raisons ­financières… ou de songer à renoncer ­à un deuxième revenu pour éviter cette situation. C’est malheureusement le choix qui se présentera à plusieurs ­familles. Nous voyons déjà cette disparité s’installer dans nos écoles et dans notre système de santé : les plus riches se dirigent vers le privé, tandis que les plus pauvres sont contraints de fréquenter un système public affecté par un sous-financement chronique et un personnel ­souvent épuisé.

Le système public, si coûteux qu’il puisse être, garantit un standard de ­qualité accessible dans toutes les classes sociales dans toutes les régions du ­Québec. C’est sur lui que reposent les bases d’une société véritablement ­équitable, qui offre une véritable égalité des chances. Oui, il peut se révéler ­coûteux à court terme, mais à moyen et long terme, il constitue un véritable ­investissement dans l’avenir de nos ­familles et des enfants en provenance de tous les milieux.

Pour toutes ces raisons, nous manifestons notre appui au CPE Alakazoum ainsi que tous les CPE du Québec. Les CPE, comme toutes les institutions ­publiques, ont un impact positif dans la vie des parents et des enfants qui seront, vous le savez, les adultes de ­demain. Leur accessibilité et leur survie sont primordiales.

En espérant que vous serez sensibles à la condition des CPE, que vous saurez ­reconnaître leur apport inestimable à notre société québécoise en investissant à nouveau dans cette institution, comme dans toutes les instituons publiques, nous vous prions d’agréer, Mme Soucy, l’expression de nos salutations les plus distinguées.

Une vie saine, ça commence au CPE! Et une société juste et équitable commence par une véritable accessibilité à des ­services publics de qualité!

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