19 janvier 2012
L’exagération salariale
Par: Martin Bourassa

La question du traitement salarial des élus est depuis toujours un sujet sensible, en grande partie parce qu’ils sont à la fois juges et parties.

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La question du traitement salarial des élus est depuis toujours un sujet sensible, en grande partie parce qu’ils sont à la fois juges et parties.

S’ils sont insatisfaits de leur rémunération, ils n’ont qu’à établir quelques comparatifs, à dresser une liste de salaires dans les municipalités de taille comparable et à se voter une hausse de salaire, de préférence à Noël ou en plein été.Avec un peu de chance, la stratégie ne fait pas trop de vagues et l’ajustement est une simple formalité. C’est ce qui s’est déroulé à Saint-Pie où les élus ont voulu s’offrir une hausse salariale de 50 % au cours des derniers jours. À titre d’exemple, le maire Pierre St-Onge voulait faire passer d’un coup sa rémunération de 16 878 $ à 25 317 $. Disons qu’ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère.Mais heureusement pour eux, quelques citoyens avisés les ont ramenés à l’ordre. Peu importe le métier que l’on exerce, une hausse de salaire de 50 % relève habituellement davantage du fantasme que du mérite. Disons qu’il faut avoir très largement dépassé les attentes afin de pouvoir y aspirer. Et habituellement, on ne laisse pas l’employé juger de sa performance et établir sa valeur lui-même. C’est pourtant ce que tous les élus municipaux font, ceux de Saint-Pie y compris.J’ose espérer qu’ils ne pensaient pas qu’une hausse de salaire de 50 % passerait comme une lettre à la poste. Peut-être ont-ils délibérément fixé la barre haute dans l’espoir de se contenter d’une hausse plus modeste. Je l’ignore.Je sais seulement qu’ils ont fait le choix de s’investir pour leur communauté et qu’ils ont dû le faire en toute connaissance de cause en 2009. Ils connaissaient les conditions et ils devaient donc avoir une petite idée de la charge de travail que cela représentait. Peut-être avaient-ils sous-estimé l’ampleur ou l’intensité de l’emploi.Dans ce cas, ils n’ont qu’eux-mêmes à blâmer.Je ne sais pas s’ils méritent tous cette augmentation de 50 %. Sauf que des citoyens de Saint-Pie, les premiers concernés, ont répondu par la négative. En tout cas, ceux qui ont forcé le maire et les conseillers à revoir leurs ambitions à la baisse.Ainsi, les élus ont sagement choisi d’étaler la hausse de 50 % sur cinq ans. Cela reste une hausse de salaire significative, mais c’est quand même plus, disons, respectueux.Surtout si l’on considère qu’il y aura des élections en 2013. La question du salaire et de la hausse de 30 % à venir pourra alors faire l’objet d’un enjeu électoral.Le prochain conseil aura donc tout le loisir de modifier ou pas le règlement s’il le juge nécessaire. C’est en ce qui me concerne la solution du gros bon sens.On peut cependant s’attendre à ce que les salaires des élus de Saint-Pie servent à enrichir d’autres élus de municipalités de taille comparable qui voudront se servir de cet exemple pour rehausser leur traitement à leur tour. Et ainsi de suite.Dans le merveilleux monde municipal, on établit la valeur des hommes et des femmes en fonction de la taille de leur municipalité. J’aimerais qu’un jour on trouve le moyen de le faire en fonction des résultats et du rendement. Mais ça aussi ça relève du fantasme.

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