26 janvier 2012
Drogué… sans l’avoir demandé
L’histoire d’une adoption, d’un combat
Par: Fabienne Costes

Ce livre n’est pas une oeuvre littéraire, pas une oeuvre de fiction, seulement le témoignage d’une mère qui a adopté un enfant souffrant de troubles d’attachements. Un témoignage plein de candeur qui montre pourtant comment la plus difficile et la plus grande aventure que puisse vivre tout être humain, c’est celui de l’éducation de ses enfants.

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Y a-t-il plus intime, plus troublant, plus vertigineux que de se retrouver face à la détresse de ses enfants? Y a-t-il plus grand courage que celui de ne pas succomber à l’apitoiement et de se battre pour leur donner le meilleur de nous-mêmes afin qu’ils deviennent des adultes confiants et épanouis? À la lecture de Drogué… sans l’avoir demandé, on n’en doute pas vraiment.

Quand Suzanne Carpentier raconte simplement comment elle a accueilli avec sa famille cet enfant de 8 mois, de mère droguée, et comment ils sont arrivés, à coups d’amour, à en faire un enfant épanoui, malgré les séquelles persistantes, on se dit qu’on lit là le témoignage d’une combattante. « Je suis bien déterminée à te faire reprendre tout ce temps perdu afin que tu arrives aux mêmes étapes que les poupons de ton âge. Ce sera mon nouveau mandat, ma nouvelle mission. Je m’engage à t’enseigner tout ce qui aurait dû l’être depuis ta naissance, tout ce qui permettra de t’ouvrir à la vie, de te réaliser, de te rendre fier de tes apprentissages. Je reprends donc patiemment, avec amour, chacune des étapes de ton développement : apprendre à toucher, à attraper, à ramper, à porter à ta bouche, à babiller. » La couverture du livre, repoussante, ou les poèmes débordants de pathos en rebuteront plusieurs, mais il ne faut pas s’y arrêter. On s’attache à la candeur de Mme Carpentier, et l’on comprend que pour réussir à vivre une telle expérience, il faut ne pas avoir peur de ses sentiments. Il faut en donner plus que pas assez pour arriver à forcer la forteresse dans laquelle ces enfants meurtris se sont emmurés. Le témoignage de Mme Carpentier permet d’appréhender toutes les épreuves que peut avoir à vivre une famille qui voudrait accueillir un de ces enfants de la DPJ, toujours plus nombreux à attendre une famille qui les accueillerait. Il montre aussi comment les efforts peuvent être récompensés au centuple. « Mon petit ange, il y a tellement de choses que je rêve de faire avec toi. Celle qui prime sur toutes les autres, celle dont rêve toutes les mères, est de pouvoir m’endormir à tes côtés au moment de la sieste, mais tu n’y parviens pas : te laisser bercer ou cajoler, ce que la plupart des enfants aiment, est difficile pour toi. Mais un jour, après plusieurs tentatives, cela se concrétise enfin! Un matin, réveillé tôt par un mal de dents, tu te laisses consoler dans mes bras. »

Un crime contre les enfants

Drogué… sans l’avoir demandé soulève aussi bien des questions, celle que pose Mme Carpentier, par exemple : ne devrait-il pas être considéré comme criminel de se droguer alors qu’on est enceinte? Mais quand elle se questionne aussi sur la difficulté d’obtenir des services pour l’aider au développement de son enfant, on peut se demander ce qui l’en aurait été si la mère naturelle de cet enfant avait reçu les services adéquats pour se sauver elle-même et pour aider son enfant à se développer correctement.

André Ruffo, ex-juge pour enfants, est citée à plusieurs reprises dans Drogué… sans l’avoir demandé. Elle est une des premières à s’être insurgée contre l’incapacité des institutions à protéger les enfants et les familles de bonnes volontés. Dans une lettre envoyée à Mme Carpentier, la juge écrit : « Jour après jour, tuer la vie d’un enfant que l’on porte est aussi un crime aux conséquences monstrueuses qui seront vécues par une personne durant toute sa vie. N’est-il pas grand temps de sévir et de réaliser la gravité du crime commis à l’encontre de ces enfants? ». Malgré des apparences candides, Drogué… sans l’avoir demandé est un témoignage fort, qui nous oblige à regarder en face un terrible fait de société : nous négligeons nos enfants, car nous avons tous en tant que société adulte la responsabilité de ces enfants abandonnés, et notre système ne peut pas que s’appuyer sur la grandeur d’âme d’êtres exceptionnels comme Mme Carpentier. Drogué… sans l’avoir demandé Suzanne CarpentierÉdition performance, 2011, 160 p.

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