10 janvier 2013
L’hôpital Saint-Charles (1)
Par: Le Courrier
L’ancien Hôtel-Dieu qui fut en partie détruit dans l’incendie du 28 novembre 1917. L’édifice actuel fut construit en 1922. Carte postale, Valentine & Sons, England, 1915. (Collection privée)

L’ancien Hôtel-Dieu qui fut en partie détruit dans l’incendie du 28 novembre 1917. L’édifice actuel fut construit en 1922. Carte postale, Valentine & Sons, England, 1915. (Collection privée)

Au cours des prochaines semaines, le Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe présentera aux lecteurs de cette chronique à caractère historique, un résumé du cahier de recherches réalisé par le Dr Jean Lafond en 1989, ayant pour thème : Hôpital Saint-Charles, Saint-Hyacinthe, 1902-1969.

En 1902, la population de Saint-Hyacinthe est de 9 210 âmes. C’est une ville en plein essor, avec plusieurs industries florissantes. De plus, la région agricole entourant la ville est bien organisée pour le temps et productive selon les besoins de l’époque. L’Hôtel-Dieu, dirigé par les Soeurs Grises, abrite 470 personnes réparties comme suit : Soeurs Grises, professes, novices et postulantes, 118; Petites Soeurs, professes, novices et postulantes, 49; pensionnaires, 15; employés, 25; hommes, malades invalides, 45; femmes, malades invalides,59; orphelins, 72; orphelines, 87. Depuis longtemps, les Soeurs Grises souhaitaient offrir aux malades qui leur arrivaient de plus en plus nombreux, un local convenable, aménagé selon toutes les règles de l’hygiène. L’Hôtel-Dieu, bâti et divisé dans un temps où l’on ne tenait pas compte de ces règles, pouvait difficilement se prêter à des transformations devenues indispensables pour assurer le soulagement et le prompt rétablissement des malades; de plus il était occupé à 100 %. Devant ces faits, la construction d’un hôpital s’imposait. Mais où trouver les ressources nécessaires pour mettre à la disposition des malades une maison avec appartements pourvus de tout le matériel exigé par la science moderne? Et pourtant, le moment d’exécuter ce projet répondant à un réel besoin, semblait être venu. Monseigneur Louis-Zéphirin Moreau, alors évêque de Saint-Hyacinthe, convaincu de l’importance de cette oeuvre, chargea monsieur le chanoine Charles-Agapit Beaudry de s’intéresser au succès de cette entreprise, qui aidé du docteur Eugène Turcot, prépara les plans de cet hôpital qui devait occuper une partie de l’hospice Saint-Antoine. Sise à l’angle des rues Dessaulles et Sainte-Anne, cette construction avait été élevée en 1854, pour être d’abord et jusqu’en 1880, la cathédrale de Saint-Hyacinthe. Les ressources du diocèse permettant alors d’édifier une église-mère à proportions plus considérables, l’ex-cathédrale devint la propriété de monsieur Eusèbe Brodeur, facteur d’orgues, qui en fit son atelier. En 1895, les Soeurs Grises en devenaient propriétaires. Jusqu’en 1901, cette maison appelée « maison Saint-Antoine » devait être affectée à diverses destinations. Elle fut d’abord convertie en logements, partie en maison de pension, partie en retraite pour les ecclésiastiques. C’est dans la partie réservée aux pensionnaires que devait s’élever l’oeuvre nouvelle. À son égard, la population manifesta beaucoup de générosité et de zèle. Les ressources ainsi obtenues permirent de faire exécuter les transformations nécessaires au local choisi et bientôt une salle d’opération, une chambre ophtalmique, une salle de consultation, des chambres privées et quatre salles communes, pouvant recevoir chacune quatre lits, furent divisées et aménagées. Tout en demeurant sous la dépendance de l’Hôtel-Dieu, la nouvelle institution eut néanmoins son administration distincte. Prêtant l’oreille à la voix de la reconnaissance, il fut décidé que la nouvelle institution porterait un des prénoms du fondateur, soit : Hôpital Saint-Charles. En date de 6 mai 1902, Monseigneur Maxime Decelles envoie aux médecins la lettre suivante : « Hôpital Saint-Charles – Préambule. Cet hôpital ouvert dans le but de favoriser les médecins et les malades de Saint-Hyacinthe et des paroisses environnantes, est pour ainsi dire le complément de l’Hôtel-Dieu. Jusqu’à présent, faute d’un hôpital confortable à Saint-Hyacinthe, les médecins de cette localité devaient conduire à Montréal tous les cas graves de chirurgie qui ne pouvaient être opérés à domicile. Ils étaient ainsi privés de suivre d’une manière satisfaisante ceux de leurs malades qu’ils étaient forcément obligés de mettre sous les soins de chirurgiens et de gardes-malades étrangers. Aujourd’hui, les Soeurs de l’Hôtel-Dieu croient pouvoir combler cette lacune en invitant les médecins à venir soigner leurs malades dans leur nouvel hôpital, à y faire eux-mêmes les opérations qu’ils jugeront nécessaires. Le service d’infirmières expérimentées et dévouées, indispensable pour assurer le succès d’un traitement, et si difficile de se procurer à domicile, leur est offert ainsi qu’à leurs patients. Pour pouvoir tenir l’hôpital dans les conditions voulues et y apporter les améliorations exigées par les découvertes nouvelles, les religieuses ont besoin de s’assurer des revenus qui les mettent en mesure de faire face à toutes les exigences. Elles comptent donc que les médecins de Saint-Hyacinthe, en retour des services qu’elles sont disposées à leur rendre ainsi qu’aux pauvres pour qui elles travaillent, voudront bien unir leurs efforts pour encourager cette institution d’intérêt public, en lui créant des ressources qui non seulement assureront la stabilité de son existence, mais lui permettront de grandir et de se développer sûrement et rapidement. (Signé) Maxime Decelles, Évêque de Saint-Hyacinthe.

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