30 novembre 2017
L’immigration, un parcours à obstacles
Par: Rémi Léonard

Une rencontre publique sur le thème de l’immigration s’est déroulée le 22 novembre à Saint-Hyacinthe dans le cadre du forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination. Une douzaine de personnes des milieux de l’éducation, de la santé, du communautaire et de la politique ont répondu à l’appel du Forum 2020 pour participer à une discussion de groupe.

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C’est surtout la question de l’intégration des nouveaux arrivants qui a mobilisé les échanges. L’exercice visait en effet à « dresser le portrait de l’immigration en territoire maskoutain pour voir ce qui a bien fonctionné et ce qui peut être amélioré », a expliqué en introduction le professeur André Jacob, dont l’expertise a été retenue par Forum 2020 pour le projet.
Les participants semblaient s’entendre sur le fait que Saint-Hyacinthe est un endroit généralement accueillant envers les nouveaux arrivants, même si des embûches persistent toujours. « L’intégration est un processus dynamique », a rappelé M. Jacob, comparant ce cheminement à un « parcours à obstacles ». Les participants, dont quelques-uns étaient eux-mêmes issus de l’immigration, ont effectivement évoqué plusieurs défis que les immigrants peuvent trouver sur leur chemin, comme le choc culturel, la séparation d’un couple, l’apprentissage de la langue, les répercussions psychologiques (certains ont vécu des traumatismes dans leur pays d’origine) ou bien l’inquiétude pour la famille restée là-bas, mais également le racisme et la discrimination, qui reste une réalité.
Un musulman soulignait que les femmes qui portent le voile rencontrent encore beaucoup de difficultés à l’embauche. Pour un homme, c’est la barbe qui dérange. « En parlant au téléphone, ça va. Rendu en personne, il sent tout de suite un changement d’attitude », a rapporté ce participant, tout en reconnaissant beaucoup d’autres expériences positives.
Les expériences de jumelages culturels, par exemple, peuvent véritablement aider les immigrants à mieux apprivoiser toutes les petites conventions et particularités québécoises et maskoutaines, ont soutenu quelques intervenants qui ont eux-mêmes pris part à cette expérience.
Le français d’abord
Si les obstacles peuvent provenir de la société d’accueil, l’intégration nécessite bien sûr une grande part de « travail sur soi », a-t-on souligné, ne serait-ce qu’en apprenant la langue d’usage. Un participant a décrit les cours de francisation donnés au cégep comme n’étant « pas approprié » pour les adultes, dont l’apprentissage de la langue est plus difficile que pour les jeunes, particulièrement lorsqu’ils partent d’un autre alphabet, comme les arabophones. C’était quelques jours avant que la Vérificatrice générale du Québec ne tire elle aussi sur la sonnette d’alarme sur la francisation des immigrants qui arrivent au Québec.
La directrice générale du Forum 2020 a elle aussi insisté sur l’importance de l’apprentissage de la langue française, surtout à Saint-Hyacinthe. « La francisation, c’est la clé. Le français au Québec est le véhicule de transmission de la culture », a soutenu Ana Luisa Iturriaga.
Au cours des dernières semaines, son organisme a rencontré de nombreux intervenants de différents milieux maskoutains pour remplir son mandat, d’abord dans le cadre de la consultation sur la discrimination systémique et le racisme, qui a depuis été recadrée par le ministère de l’Immigration. Toute l’information recueillie sera condensée dans un rapport final d’ici le 15 décembre.
Entre temps, les personnes qui voudraient elles aussi partager leur expérience peuvent remplir un questionnaire en ligne sur le site du ministère de l’Immigration en vue du forum national sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, qui se tiendra le 5 décembre à Québec.

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