7 novembre 2019
Forum
L’incohérence d’Amnistie internationale
Par: Le Courrier

Par la présente, je vous avise que je cesse immédiatement tout don annuel à Amnistie internationale, même si je suis donatrice depuis plusieurs années.

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Je continuerai de signer des pétitions, prendrai part à des actions et soutiendrai les efforts locaux, nationaux et internationaux pour défendre les droits de la personne.

Je refuse cependant d’appuyer un organisme qui défend des principes moraux et leur contraire. Dans l’information accompagnant la pétition intitulée « Justice pour Nasrin » (Sotoudey), vous mentionnez et je vous cite : « Si le code pénal islamique oblige au port du voile, cela va à l’encontre de la liberté de l’individu, donc ce n’est pas légal. »

Au Québec, vous avez condamné la Loi 21 qui interdit le port de signes religieux dans l’exercice des fonctions professionnelles de certain.e.s employé.e.s de l’État en position d’autorité, notamment les enseignant.e.s. La défense des droits de la personne en Iran est une priorité pour votre organisme dans le fait de ne pas imposer de force le voile islamique, mais ici au Québec, la restriction des signes religieux pour certain.e.s, et dans l’espace professionnel uniquement, devient pour vous une priorité à combattre.

Si vous choisissez comme bataille de lutter contre le non-choix des femmes en Iran et les conséquences qui s’ensuivent pour elles lorsqu’elles refusent de le porter (emprisonnement, torture dont le viol, etc.), il faudrait choisir votre camp. Si c’est un symbole d’oppression dans plusieurs pays du monde qui ont des régimes religieux autoritaires, son contraire devient pour vous une valeur à défendre, de porter le voile, dans un état laïc, qui autorise ce symbole dans toutes les autres sphères du quotidien, sauf durant les heures professionnelles.

Il faut être surtout aveugle pour ne pas voir l’instrumentalisation de ce symbole d’oppression des femmes par des organismes religieux fanatiques ainsi que par certaines dictatures qui les financent, dont l’Arabie Saoudite.

Nasrin Sotoudey, avocate iranienne, a été arrêtée en 2018 et condamnée à la peine la plus lourde contre une défenseure des droits de la personne : 33 ans de prison et 148 coups de fouet pour s’être engagée contre le port obligatoire du hijab. Cet acte de torture pourrait lui coûter la vie.

Je n’attends pas de réponse de votre organisme. Vous avez des avocats pour défendre vos valeurs contradictoires et vous ne faites aucune différence entre vivre dans un pays démocratique qui promeut la laïcité et des humains qui croupissent sous des dictatures.

Elisabeth Harrison, Saint-Hyacinthe

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