12 décembre 2013
Procès de la biométhanisation
L’IRÉC a tout faux, dit la Ville
Par: Le Courrier

L’Institut de recherche économique contemporaine (IRÉC) a pourfendu le projet de biométhanisation de la Ville de Saint-Hyacinthe, évalué à 49 millions $, en utilisant des données qui ne tiennent pas la route, affirment les responsables du dossier à la Ville.

« Le document est truffé d’erreurs, il contient des chiffres qui n’ont jamais été validés, et les conclusions des deux chercheurs s’en trouvent biaisées », a soutenu le directeur général de la Ville de Saint-Hyacinthe, Louis Bilodeau, en répliquant à l’étude de l’IRÉC en compagnie du directeur du service du Génie, Pierre Gabrielli et du conseiller technique en traitement de l’eau, Pierre Mathieu.

Ils reprochent aux deux auteurs de l’étude, Robert Laplante et Charles Provost, de s’être prononcés sur le projet de Saint-Hyacinthe sans avoir vérifié au préalable si les données utilisées – les chiffres de Recyc-Québec, entre autres – collaient à la réalité. « Nous sommes surpris de voir que l’IRÉC ne nous a pas interpellés avant. On ne nous a jamais contactés », déplore M. Bilodeau.Comme nous le rapportions dans notre édition du 14 novembre, l’IRÉC soutient que la biométhanisation, la voie choisie par Saint-Hyacinthe pour valoriser les matières organiques, mène à un gouffre financier. Selon les auteurs de l’étude, le potentiel gazier de la biométhanisation est si faible qu’il ne permettra jamais de rentabiliser le procédé en raison de l’ampleur des investissements qu’il requiert.La Ville de Saint-Hyacinthe parie le contraire. « Nous sommes déjà gagnants », assure Pierre Gabrielli. « Les revenus seront toujours plus élevés que les dépenses », renchérit Louis Bilodeau.

Données mal interprétées

Selon l’IRÉC, les volumes de matières organiques disponibles ne sont tout simplement pas suffisants pour faire de la biométhanisation une opération fructueuse, d’autant plus que le prix du gaz naturel est bas et est susceptible de le rester encore longtemps. Dans le cas du projet de Saint-Hyacinthe, l’IRÉC laisse entendre que la quantité déclarée de matière à traiter d’origine industrielle (132 000 tonnes) est exagérée. C’est que, souligne Pierre Mathieu, les auteurs n’ont pas fait la distinction entre des « tonnes sèches » de matières organiques (taux de siccité de 25 %) et des « tonnes humides » (15 % de siccité); ils ont présumé que tous les volumes indiqués dans le projet correspondaient à des tonnes sèches.

« Ce qui est déshydraté à 25 %, c’est ce qui sort de l’usine de traitement. Quand ça arrive, c’est liquide. Par exemple, 14 000 tonnes de lactosérum à 15 % de siccité, ça donne 3 500 tonnes à 25 % de siccité », explique M. Mathieu. Il signale aussi que l’IRÉC a oublié d’inclure le tonnage de la phase I du projet, c’est-à-dire les 73 000 tonnes humides de boues d’épuration. Avec la phase II, ce sont 160 000 tonnes humides de matières organiques qui vont s’ajouter, ce qui donnera environ 233 000 tonnes au total. À partir d’avril 2014, la Ville traitera le contenu des bacs bruns de la collecte sélective, puis graduellement, les apports du secteur industriel.Comme Saint-Hyacinthe regorge de grandes entreprises du secteur agroalimentaire, la Ville assure qu’elle n’éprouvera aucun mal à s’approvisionner en matière organique. Actuellement, ces usines expédient leurs rejets vers des centres de traitement situés en Ontario et au Vermont. Elles pourront maintenant conclure des ententes avec Saint-Hyacinthe. « Nous allons recevoir des intrants de qualité. Par exemple, avec une seule tonne de gras d’abattoir, on peut produire 1 050 mètres cubes de biogaz », mentionne Pierre Mathieu.Il ajoute que contrairement à ce que prétend l’IRÉC, les coûts de construction du poste de purification du biométhane pour son injection dans le réseau de distribution de Gaz Métro ont été inclus au projet dès le départ. Il s’agit, dit-il, d’une dépense prévue de 6,2 millions $, et non d’une dépense supplémentaire de 9,8 millions $. Comme la Régie de l’énergie a déterminé qu’il s’agissait d’une activité de production incompatible avec le rôle du distributeur Gaz Métro, c’est la Ville qui réalisera ce volet de la phase II. Quant au raccordement au réseau de Gaz Métro à l’aide d’une conduite de 1,2 km de longueur, la Ville n’en a pas déterminé le coût puisqu’elle soutient que cette partie du projet relève de Gaz Métro. Il s’agirait d’un investissement de 1,85 million $, selon les chiffres que Gaz Métro a soumis à la Régie. Louis Bilodeau rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, la Ville devait payer plus d’un million de dollars par année juste pour se débarrasser de ses boues d’épuration, et que c’est pour mettre fin à ce gaspillage qu’elle s’est tournée vers la biométhanisation. Elle l’a préférée au compostage sur plate-forme, une méthode de digestion qui nécessite beaucoup d’espace. « On obtient la même quantité de compost avec les deux méthodes, mais avec la biométhanisation, on produit aussi de l’énergie. Et le compostage, ça peut durer six mois, tandis que nous, c’est 23 jours de traitement », fait valoir M. Mathieu.La Ville n’est donc nullement impressionnée par l’étude de l’IRÉC. « Il y a du flou dans leurs calculs, mais il n’y a certainement pas d’eau dans le gaz à Saint-Hyacinthe », conclut Louis Bilodeau.

image