7 août 2014
L’oeil neuf
Par: Christian Vanasse

En vacances, on se construit un oeil neuf. En allant voir ailleurs si on y est et autre chose tant qu’à y être. Et tout est magnifié par cette nouvelle perspective. Les paysages, l’architecture, l’urbanisme des endroits visités nous charment et nous séduisent. Même le p’tit shack à patates su’l’bord d’la track devient pittoresque.

Pour les locaux, c’est du déjà-vu, de la routine, presque de l’ennui. Mais au regard du touriste, toujours à la recherche de ce qui fera battre son coeur, tout est beau, tout est nouveau, comme un coup de foudre, un amour naissant.

Et on se dit : Oh, comme ils doivent apprécier vivre avec ces montagnes, ces lacs et ces rivières à l’année longue. Ah, comme ils doivent être conscients de la chance qu’ils ont de profiter de ces richesses. Oulala comme ils doivent y faire attention et les entretenir pour bien les conserver.

Je me suis justement dit ça en escapade entre le lac Brome et la rivière Missisquoi, en visitant des endroits où l’on peut voir nos pieds dans l’eau, chatouillés par les écrevisses et les ménés… et même boire dans la rivière! Sans passer par les tuyaux de l’usine de filtration. Hé, c’est aussi ça les vacances faire ce qu’on n’oserait jamais chez nous. Se baigner, se laisser flotter les yeux fermés ou avaler une gorgée d’eau à même une rivière, pour un Maskoutain, c’est un rêve, un fantasme.

Chez nous, c’est l’autre bout de la Yamaska. Et entre sa source du lac Brome et ici il y a un monde de différence. Ici, je n’y trempe même pas les pieds. De peur de ne plus voir mes orteils.

Je me demande ce que le touriste y voit, lui. Et ce qu’il pense de nous en la voyant.

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