30 juin 2011
L’omerta policière
Par: Martin Bourassa

Un retour s’impose sur notre exclusivité du 23 juin concernant le suicide d’un détenu au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

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Un retour s’impose sur notre exclusivité du 23 juin concernant le suicide d’un détenu au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Réglons d’abord la question concernant le bien-fondé d’une telle manchette. Il est vrai qu’il est habituellement dans la politique rédactionnelle et éditoriale des médias de taire les cas de suicide. Le Courrier le fait régulièrement, et pas plus tard qu’au printemps dernier lors d’une mort violente survenue près d’une école.L’intérêt public ne peut être invoqué pour relater les décès volontaires qui se produisent loin des regards indiscrets. Les journalistes et les policiers sont d’accord là-dessus.Le cas de Marco Michaud est cependant d’un tout autre ressort.On parle d’un homme incarcéré qui met fin intentionnellement à ses jours dans un palais de justice, un endroit habituellement peu propice à ce genre de choses.Un homme potentiellement dépressif, s’il faut en croire les membres de sa famille visiblement désemparés, voire dépassés par tout cela. On le serait à moins.Ils ignoraient même les motifs exacts de son arrestation!Les questions sont nombreuses et la famille avait, la semaine dernière, bien peu d’explications sur les circonstances troubles du drame.Un drame qui aurait été totalement passé sous silence sans l’appel fait au COURRIER par la famille de M. Michaud. Car les policiers à qui nous parlons tous les jours ou presque n’ont jamais cru bon nous aviser. Le bulletin Info-pol qui résume tous les mardis l’actualité policière de la semaine n’en faisait pas écho non plus.Confrontée, la porte-parole de la Sûreté du Québec �� Montréal a expliqué ce silence par le fait qu’il s’agissait d’un suicide et qu’il était pratique courante de ne pas diffuser ces informations. Faut prendre les gens pour des caves, non? On ne parle pas ici, et je le précise, d’un geste délibéré commis dans le sous-sol d’un bungalow.On parle du suicide d’un homme détenu dans un palais de justice où il devrait être surveillé en tout temps par des agents correctionnels.Selon les minces informations disponibles, il aurait été isolé des autres détenus en raison de son comportement turbulent. Où et comment et combien de temps s’est-il écoulé entre son isolement et la macabre découverte? Qui a fait quoi et qui aurait dû intervenir ou pas? Voilà autant de questions qu’il faudra élucider.Encore une fois, c’est aux policiers qu’il reviendra de démêler tout ça et d’éclaircir les circonstances. Sont-ils le mieux placés pour le faire? Tiens une autre question d’actualité au moment où plusieurs militent en faveur de la création d’un bureau d’enquête indépendant pour étudier les bavures policières. Ou à tout le moins pour établir ce qui relève d’une bavure lors d’une intervention qui tourne mal. Dans le cas qui nous intéresse, on pourra aussi compter sur le rapport du coroner pour vérifier si tout a été fait selon les règles de l’art le 17 juin au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Je ne suis pas un spécialiste, et encore moins un enquêteur de la SQ, mais il me semble que la conclusion qui s’impose est évidente.Il y a eu un manquement quelque part, car personne ne devrait avoir la possibilité de s’enlever la vie dans un palais de justice. Encore moins un homme en détention.Si l’enquête arrive à la conclusion qu’il n’y a personne à blâmer ou aucune façon de faire à revoir, il faudra se poser de plus sérieuses questions encore.Mais bon, il faudra être patient avant de connaître les conclusions de tout ça. Et surtout ne pas compter sur les policiers pour nous tenir informés de l’évolution du dossier. Surtout pas s’ils ont quelque chose à se reprocher.

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