3 décembre 2020
Maison Nichols
L’option de la démolition est retenue
Par: Rémi Léonard

La résidence en question, située au 3150, rue Girouard Ouest. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les démarches entreprises par des citoyens préoccupés par le sort de la demeure située au 3150 Girouard Ouest n’auront fait que retarder sa démolition le temps que des études supplémentaires soient réalisées. Avec les conclusions en main, les membres du comité de démolition de la Ville de Saint-Hyacinthe ont convenu qu’il était « malheureusement impossible de la conserver », a affirmé le conseiller Bernard Barré lors de la dernière séance du comité, tenue ce lundi.

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La démolition complète du bâtiment sera donc vraisemblablement confirmée par le conseil municipal prochainement. Rappelons que le dossier avait été entendu en août dernier et que les membres du comité de démolition avaient préféré commander des études « indépendantes » avant de trancher. Le nouveau propriétaire, Raymond Joyal, un entrepreneur de la région, défendait alors que le bâtiment comportait des problèmes structuraux trop importants pour envisager une rénovation.

Des membres de la famille Nichols et des citoyens préoccupés par la préservation du patrimoine de la rue Girouard avaient plutôt plaidé pour sa conservation. C’est en effet là qu’a vécu Jacques Nichols, figure bien connue à Saint-Hyacinthe en tant que vétéran des Forces armées canadiennes et pour son implication dans le milieu sportif. La maison probablement centenaire est située tout près de la terrasse Louis-Côté et constitue en quelque sorte une porte d’entrée sur la rue Girouard, qui compte bon nombre de maisons patrimoniales par la suite.

Le cœur et la raison

Lors de la rencontre de ce lundi – virtuelle compte tenu des circonstances – le conseiller Bernard Barré a insisté pour faire savoir que ses collègues et lui étaient tout aussi préoccupés par le sort de cette demeure. « On voulait autant que possible la conserver », a-t-il assuré aux citoyens à l’écoute, se disant même « de cœur avec [eux] » dans ce dossier. Or, dans ce cas-ci, il faut se rendre à « la raison », a-t-il poursuivi. La conclusion des études « ne fait pas de doute » quant à l’état structural du bâtiment, a rapporté l’élu de La Providence. Les conseillères Stéphanie Messier et Claire Gagné étaient également présentes.

L’étude sur l’état du bâtiment réalisée par la firme CIMA+ a constaté de « nombreuses déficiences majeures », a résumé Jean-Philippe Bellerose, chef de la division planification au Service de l’urbanisme. Consultée par LE COURRIER, l’analyse dresse effectivement une longue liste d’éléments problématiques, dont la présence de bois noirci dans la charpente, un affaissement de la structure, la présence de fissures dans les murs de fondation et l’état « précaire » de la cheminée, notamment.

Les travaux de stabilisation et de remise aux normes s’élèveraient ainsi à 400 000 $, évaluent les experts. De plus, ces travaux ne pourraient suffire à régler tous les problèmes. « Ainsi, il nous apparaît évident, à la lumière des déficiences observées, que la résidence devra être démolie et reconstruite », conclut le rapport, se basant par exemple sur « l’ampleur des dégradations observées ».

L’autre étude, axée sur la valeur patrimoniale de l’immeuble, arrive à une valeur jugée « moyenne » en raison des « altérations » subies au fil du temps, a aussi précisé M. Bellerose. Réalisé par la firme Patri-Arch, le document retrace l’histoire de la demeure, de son origine en passant par ses propriétaires successifs. La valeur ajoutée provenant des personnalités maskoutaines qui y sont associées, de son environnement immédiat et des éléments typiques de l’architecture « cottage vernaculaire américain » est en effet ternie par l’authenticité « faible » qui résulte des modifications apportées. Même si « l’attachement de certains citoyens envers cette maison est indéniable, son architecture ne présente rien d’exceptionnel », résume le rapport. La valeur globale « moyenne » qui a été attribuée correspond à l’évaluation qui avait déjà été établie par la Ville auparavant.

Préserver ou remplacer?

Considérant cette valeur, l’étude patrimoniale suggère deux scénarios : la préservation ou le remplacement. Il serait en effet toujours possible de la sauvegarder, « car l’immeuble est encore dans un état physique satisfaisant à des fins résidentielles et il s’intègre assez bien à son milieu patrimonial », est-il indiqué. Le premier rapport structural soumis par le propriétaire [pas l’étude de CIMA+] était par ailleurs « alarmiste », juge les auteurs.

En même temps, la préservation n’est pas recommandée « à tout prix ». Le remplacement du bâtiment peut être envisagé, mais le rapport recommande que ce scénario « soit encadré de façon très serrée » pour s’assurer d’un projet de remplacement d’une « qualité irréprochable ».

C’est cette option qui a été retenue par le comité de démolition. En donnant le feu vert à la démolition, le comité entend en effet poser une condition : le projet de remplacement devra auparavant obtenir l’approbation de la Ville, ont statué ses membres. Ce sera au comité consultatif d’urbanisme (CCU) de s’assurer que la nouvelle construction respecte l’intégration et l’implantation architecturale dans le secteur, a précisé M. Barré. « On n’acceptera pas n’importe quoi. Il faudra que ça soit sur la coche », a-t-il lancé.

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