29 avril 2021
L’agronome lance le livre Pour le bien de la terre
Louis Robert : nourrir la réflexion
Par: Maxime Prévost Durand

L’agronome maskoutain Louis Robert, connu du grand public à titre de lanceur d’alerte, vient de lancer son livre Pour le bien de la terre, en librairie depuis le 28 avril. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Après s’être fait connaître du grand public comme l’agronome lanceur d’alerte, Louis Robert dévoile cette semaine le livre Pour le bien de la terre avec lequel il dit vouloir « nourrir la réflexion du public » à l’égard des problématiques du milieu agricole, dont l’utilisation des pesticides.

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Employé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) depuis près de 35 ans, le Maskoutain avait dénoncé en 2019 l’influence grandissante des entreprises d’engrais et de pesticides ainsi que de la Fédération des producteurs de grains sur le travail des agronomes. Il soulevait entre autres que plusieurs recherches démontraient qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des pesticides, dont les impacts sur l’environnement et la santé publique sont bien connus, mais qu’en raison des pressions des commerçants sur l’Ordre des agronomes du Québec et le MAPAQ, ces recherches étaient tues. Cette prise de parole et le partage de documents confidentiels aux médias lui avaient valu d’être congédié pendant quelques mois, avant de finalement être réintégré à son poste au bureau de Saint-Hyacinthe.

Louis Robert évoque son histoire dans son livre, mais ce volet ne sert qu’à mettre la table pour parler du véritable enjeu : le bien de la terre. Au fil des pages, il tente « d’abord de faire le diagnostic [des problématiques] pour ensuite proposer des correctifs », évoquant des recherches récentes qui nous invitent à « penser autrement nos pratiques agricoles en réduisant l’épandage d’engrais phosphatés et de pesticides dans les champs, ainsi qu’en évitant la compaction des sols ». Il aborde également les pressions ressenties en coulisses dans le milieu agricole qui ralentissent l’application de méthodes plus novatrices et respectueuses de l’environnement.

« J’ai essayé autant que possible de ne pas faire part d’opinions, mais plutôt de m’en tenir à des avis basés sur des faits », soutient-il en entrevue au COURRIER.

« Mon but est de corriger le problème »

Les Éditions MultiMondes ont approché Louis Robert au cours de son congédiement pour lui proposer de partager, dans un livre, sa vision de la situation qu’il décriait. Voyant que plusieurs citoyens se posaient également des questions, il a accepté de se prêter au jeu. Même s’il a réintégré ses fonctions au MAPAQ entre-temps, le projet d’écriture n’a pas été mis de côté pour autant.

« Le livre, je ne le vois pas comme un règlement de comptes, mentionne M. Robert. Je ne veux pas condamner personne ni faire de procès. Mon but est juste de corriger le problème [qui est présent dans le milieu agricole]. Le livre s’inscrit dans mon travail d’agronome au service public. C’est un vecteur d’information […]. Je fais de la vulgarisation en même temps. »

À travers cet exercice, l’agronome dit lui-même avoir réussi à assembler différentes pièces du casse-tête qui étaient un peu pêle-mêle. « J’ai pu voir des liens que je ne voyais pas au début », affirme-t-il.

Malgré sa prise de parole, il ne se présente pas comme un missionnaire en croisade à la défense de l’intérêt public. « S’il y a autant de bruit, c’est parce que [l’on a été] très silencieux pendant de nombreuses années. Il y a eu un mutisme de toutes ces questions-là, un mutisme imposé par l’Ordre des agronomes [du Québec], par les compagnies et par le MAPAQ aussi. C’est ce qui fait qu’on est en retard un peu et qu’il faut qu’on se réveille. »

Même s’il a été congédié pendant quelques mois, Louis Robert dit ne garder « aucune amertume ni aucun ressentiment envers le MAPAQ » à la suite de cet épisode.

« En fait, je suis même reconnaissant. Je l’ai dit à tous mes patrons en cours de carrière, je ne me serais jamais imaginé plus heureux qu’au MAPAQ. Pour ma réalisation professionnelle, l’autonomie que j’avais et l’exercice du jugement professionnel, je ne vois pas d’autres organisations où j’aurais pu faire ça autant. Ce qui est malheureux, c’est qu’il n’y a quasiment plus de postes au MAPAQ. Il y a 3300 agronomes au Québec et il y en a 130 au MAPAQ et ça diminue tout le temps. »

Pour une plus grande liberté de parole

Depuis sa réintégration au MAPAQ, à l’été 2019, Louis Robert confirme néanmoins avoir demandé à ce qu’il y ait une plus grande liberté de parole.

« Ça fait longtemps que je demande ça à l’intérieur du MAPAQ. Je crois que ça les embête beaucoup à la direction. Ils sont un peu mal pris avec cette demande-là, souligne le Maskoutain. Je reconnais qu’on doit une loyauté à son employeur, mais quand la santé publique est mise en cause et qu’on se tait, on devient complice et c’est là où j’ai un problème. »

À cet effet, il revient notamment sur une histoire rapportée l’automne dernier concernant « des fonds publics utilisés par l’UPA, via la Financière agricole, pour rembourser des applications de glyphosate entre les récoltes », même si ce produit est reconnu pour ses effets néfastes sur la santé.

« On porte atteinte à la santé publique et à l’environnement… avec des fonds publics! C’est dur à justifier dans un contexte où on déclare qu’on veut réduire les pesticides. Non seulement on ne les réduit pas, mais on les rembourse. Si on se tait, on est complice de ça. »

À son avis, la lutte à la réduction des pesticides ne passe pas pour autant par leur interdiction. « Est-ce que la solution est d’interdire le produit ou de simplement arrêter de l’utiliser parce qu’on n’en a pas besoin? Pour moi, la réponse est assez simple. »

La réalité maskoutaine

Dans la région de Saint-Hyacinthe, où le maïs est déjà semé en bonne partie et que le soya commence à l’être également en vue de la prochaine saison, « la grande majorité des champs reçoivent encore des insecticides en 2021, malgré tout le bruit médiatique qu’il y a eu autour de ça et la recherche qui dit qu’on n’en a pas besoin », fait remarquer Louis Robert.

Les effets des différentes problématiques du milieu agricole se font également ressentir à d’autres niveaux, dont dans nos cours d’eau, donne-t-il en exemple.

« La question du phosphore dans la rivière Yamaska, ça fait longtemps que ça devrait être réglé parce que l’on connaît la cause du problème. Sauf qu’on ne se fait pas entendre. On se fait museler, autrement dit. »

Croit-il que la sortie de son livre aidera à faire changer les choses? « Je ne sais pas, laisse-t-il tomber en toute honnêteté. Pas à court terme. Je pense que ça passe par le public et par les producteurs individuels, pas leur syndicat. Les producteurs qui appliquent ces techniques-là [sans pesticide] depuis longtemps font la démonstration que c’est parfaitement possible. Le public va exiger des comptes, c’est par là que ça va passer. »

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