26 septembre 2013
Ma charte des valeurs
Par: Martin Bourassa

À l’image du Québec en entier, je suis profondément divisé sur la fameuse Charte des valeurs québécoises. Mais plus contre que pour, je dirais.

D’abord, je la trouve inutile et essentiellement montréalaise dans l’âme. Pour l’instant, je constate surtout qu’elle apporte beaucoup plus de problèmes que de solutions avec elle. Et Bernard Drainville qui promettait un Québec « plus harmonieux ». Pour l’harmonie, on repassera, mon Bernard!Personnellement, je suis un partisan de la laïcité de l’État et des espaces publics. Je considère que le crucifix n’a pas sa place à l’Assemblée nationale, ni sur les murs des hôtels de ville et des palais de justice. À Saint-Hyacinthe, ces crucifix, et des gros à part de ça, trônent pourtant encore bien en évidence sur les murs de l’hôtel de ville et du palais de justice. Mais je m’en accommode fort bien.Et la prière avant les conseils municipaux, je suis contre également.Cela dit, je n’ai absolument rien contre les employés de l’État qui affichent leurs croyances religieuses dans les institutions publiques, exception faite des écoles, que je souhaite laïques de la tête au pied! Me faire soigner par un médecin ou une infirmière portant le voile, le turban ou la kippa ne me donnerait sûrement pas de boutons.Surtout si c’est fait avec soin, professionnalisme… et rapidité!Avec le niqab ne laissant voir que les yeux, là j’aurais de sérieuses réserves.Et je ne m’offusque pas non plus à la vue des travailleuses en garderie qui portent le hijab. Même si les places sont rares, les parents que ça dérange ont quand même le choix d’aller ailleurs. Mais ce qui est interdit à un travailleur de l’État devrait aussi l’être, en toute logique, à son serviteur, le simple député. Dans mon livre en tout cas.Mais avant de pouvoir m’offusquer de me faire servir par un employé du CSSSRY, de la garderie du coin ou même de la Ville de Saint-Hyacinthe portant le voile, encore faudrait-il que ces organisations locales les embauchent.On a beau parler d’intégration et prôner l’ouverture, les candidats portant des signes religieux ostentatoires partent rarement avec une longueur d’avance en entrevue, surtout en région où ces candidats se fondent moins dans la masse, disons.Et je ne parle même pas de la reconnaissance des diplômes étrangers.Pour le reste, la charte continue d’alimenter les passions et la division. Pas mal pour une patente qui ne sera sans doute jamais adoptée, du moins sous sa forme actuelle, ou qui sera mise à mal à la première occasion par les tribunaux.Le mérite de cette charte, si je dois en trouver un, c’est qu’elle nous confronte individuellement à nos propres valeurs et à nos propres limites, à nos malaises et aussi à nos contradictions. Moi, je préfère de loin m’imposer mes propres limites que de me les faire imposer de force par un gouvernement en mal de majorité.

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