31 mai 2018
Ma réponse à la lettre Les fumeurs et la santé
Par: Le Courrier

La lettre ouverte Les fumeurs et la santé publiée le 17 mai m’a choquée, oui, mais surtout, profondément troublée et attristée. Mon souci n’est pas tant l’opinion de cette personne qui semble souffrir du jugement des autres face à sa décision de fumer : cette personne a droit à son opinion. 

Personnellement, jamais je n’oserais arrêter quelqu’un sur le coin de la rue pour lui dire que le fait qu’il fume est un acte civilement irresponsable ou je ne sais plus quoi; cela ne me regarde pas. Si je suis incommodée par la fumée secondaire, je change de trottoir, ça en reste là. Ainsi, je ne m’attarderai pas point par point à ce qui m’a fait sursauter dans cette lettre d’opinion, car je n’en vois pas l’intérêt. Cela n’a rien de personnel envers la personne dont il est question, je n’ai pas à juger ses choix. 

Ceci étant dit, je me questionne fortement sur les motifs qui ont mené à la publication de cette lettre. Je suis inquiète de voir un média tel que Le Courrier, réputé et significatif dans sa région, choisir de publier un texte semblable, qui va jusqu’à promouvoir les « bienfaits » de la cigarette.

Je pense à ma mère, qui nous a quittés récemment, à l’été 2016. Ma maman a commencé à fumer toute jeune, à une époque où on en connaissait encore bien peu sur les méfaits du tabac, ou du moins, à une époque où les gens n’étaient pas informés à ce sujet. Prise avec cette dépendance toute sa vie, elle a été très malade, pendant de nombreuses années. Je ne minimise en aucun temps la difficulté de vaincre cette dépendance. Même ma mère, entourée d’un conjoint aimant et d’une famille unie, avec de nombreux petits-enfants, se sera rendue jusque dans les plus sombres abysses du tabac, incapable d’arrêter de fumer, jusqu’à se rendre au jour où tu arrêtes ou c’est la fin. 

Malheureusement, une fois ce moment arrivé, elle a pu gagner du temps, mais l’emphysème était déjà bien installé. J’espère que, lorsque j’atteindrai la cinquantaine et la soixantaine, des choses plus gaies m’attendent que d’être clouée à la maison, d’avoir besoin d’une bonbonne d’oxygène pour vivre, d’être incapable de m’occuper de moi-même et de vaquer à des activités minimales, jugées normales et quotidiennes.

Maman aura payé bien cher son choix de fumer pendant toutes ces années, au prix de toutes les belles années qu’elle aurait pu passer avec nous, à voir ses petits-enfants grandir et s’épanouir. Inutile de dire que je ne juge pas ma maman, je l’aime inconditionnellement, encore et toujours, mais pas une journée ne passe sans que je ne pense à elle, combien elle me manque cruellement.

Je pense maintenant à mes enfants, à mes neveux et mes nièces, particulièrement ceux qui en sont à l’adolescence et au début de leur vie d’adulte, qui pourraient mettre la main sur ce texte, eux qui vivent des périodes de grands remous et de questionnements typiques à cette période de leur vie et qui risqueraient d’être influencés par une telle désinformation.

Mon père a toujours dit que la seule justice sur Terre était le temps, que peu importe notre parcours, nous allions tous mourir un jour. Il avait tout à fait raison. Plusieurs connaissent, dont moi, des gens qui s’alimentent bien, qui font du sport, qui ne fument pas et ne boivent pas, ou très peu, et qui ont été affligés d’un diagnostic de cancer, par exemple. Oui, c’est injuste et incompréhensible, mais est-ce une raison pour croire que tout ce bien que l’on peut faire à notre corps est en vain? Je refuse d’y croire.

Je n’ai jamais fumé et je ne fumerai jamais. J’en remercie ma grande sœur d’ailleurs qui m’a sensibilisée aux méfaits du tabac dès mon plus jeune âge. Je ne peux pas ramener ma mère, mais j’aspire à ce que l’on soit assez intelligent pour ne pas faire bonne presse au tabac. Nous en connaissons les méfaits, ne nous mettons pas la tête dans le sable.

 

Isabelle Champagne
Saint-Hyacinthe

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