28 mai 2020
Confection de masques artisanaux
Machines à coudre prises d’assaut!
Par: Véronique Lemonde

Amélie Jodoin dans son atelier de couture. C’est plus de 500 commandes de masques que la jeune femme a reçues depuis la fin d’avril. Photo gracieuseté

Depuis la mi-avril, les couturières professionnelles et amateurs s’affairent, telles de petites abeilles, à confectionner des masques artisanaux. Il y a deux semaines, alors que le gouvernement du Québec recommandait fortement le port du masque dans les transports en commun et dans les commerces où la distanciation de 2 mètres est parfois illusoire, la réouverture de plusieurs commerces en dehors de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) fut le signal pour partir à la recherche de tissus et d’élastiques!

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Prise d’assaut depuis sa réouverture le 4 mai, la propriétaire de Brolem Textiles, Gisèle Brodeur, n’a même pas une minute pour parler au COURRIER tellement la situation est surréaliste. « Il n’y a que deux clientes à la fois dans la boutique et, là, j’ai au moins 10 personnes qui attendent à l’extérieur. C’est fou, fou cette situation, les gens veulent vraiment se protéger », commente-t-elle en vitesse, retournant immédiatement à ses clientes.

Même son de cloche du côté de Tissus La Belle Étoffe où plus de 25 clientes faisaient la file dans la semaine du 12 mai pour entrer en boutique se procurer le matériel requis pour fabriquer des masques. « Nos boutiques de tissus sont ouvertes ici et non dans la CMM [les commerces dans la CMM sont rouverts depuis le 25 mai, NDLR], donc beaucoup de gens de l’extérieur de Saint-Hyacinthe viennent nous visiter. Nous sommes très sollicités, c’est un heureux problème », lance Marie Vaillancourt, propriétaire.

Chacun veut son masque!

S’ils sont fort nombreux à vouloir des masques artisanaux, les couturières, elles, n’étaient pas toutes enclines, au départ, à vouloir se lancer dans cette folle aventure. C’est le cas de Kizis Plamondon, propriétaire de la boutique Ûzage, au centre-ville.

« Je ne voulais pas en faire au départ, car c’est quand même contraignant de commencer une telle production, mais les couturières artisanes sont tellement débordées que nous nous y sommes mises, mes deux couturières et moi. Juste hier [le 14 mai], on m’a commandé 50 masques! », indique Mme Plamondon.

Zoé Chabot, de Création Zamine, habituellement technicienne en services de garde, ne pensait pas s’y mettre non plus. Cependant, devant la demande grandissante d’amis et de familles, la couturière a maintenant confectionné au moins une soixantaine de masques. « Je pense que, présentement, toutes les couturières font quelques masques, mais je ne pensais pas que ce serait si populaire », de dire Mme Chabot qui y passe tous ses temps libres.

Comme Amélie Jodoin, qui a mis à contribution sa mère et sa sœur afin de pouvoir remplir toutes ses commandes, au moins 500 jusqu’ici! « En trois heures, j’en avais vendu 50! Comme j’avais déjà plusieurs retailles de tissus, je me suis lancée. Ma sœur coupe mes tissus et ma mère m’aide à la couture », indique-t-elle, alors que ses délais de livraison tournent aux alentours de huit jours.

« Je pense que l’important est de ne pas faire de promesses que l’on ne pourra pas tenir. Plusieurs entreprises maskoutaines m’ont approchée pour des masques, dont la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe qui en souhaitait 5000! J’ai dû refuser, car c’est vraiment trop pour moi. Je ne prends pas de réservation et j’y vais avec un masque simple, à plis, en gérant mon inventaire de manière serrée », ajoute Kizis Plamondon.

Comme toutes les couturières contactées, la rareté des élastiques semble avoir été le plus gros obstacle à surmonter pour la réalisation d’autant de masques. « J’avais beaucoup d’élastiques en réserve. Par chance, car j’utilise du 3 mm et c’est beaucoup plus rare. J’utilise aussi le permapress pour rajouter une couche plus rigide entre les deux bandes de coton », explique Amélie Jodoin.

Styliste de mode, Natacha Eychene avait en main tout le matériel nécessaire pour confectionner ses masques, certains à plis et d’autres sans pli avec un entoilage rigide. Mme Eychene a même poussé la minutie jusqu’à produire des bandes avec boutons pour accrocher les élastiques des masques, de même que des masques ajustables et certains attachables avec des cordons. « Tant que la demande sera là, j’en ferai. Par contre, le prix du matériel, élastiques et tissus, est en pleine hausse tellement il y a de gens qui en fabriquent », estime la couturière qui, à ce jour, a produit près de 100 masques.

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