13 décembre 2018
Forum
MADH demande à la Ville de revoir deux règlements
Par: Le Courrier

Monsieur le Maire, Mesdames les conseillères et Messieurs les conseillers,

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Je vous écris aujourd’hui en qualité de cogestionnaire de l’organisme communautaire autonome Maison alternative de développement humain (MADH). Comme vous le savez sans doute, l’organisme a pour but d’héberger de façon transitoire des adultes, hommes et femmes, vivant avec des problématiques en santé mentale sur le territoire de Saint-Hyacinthe.

Nos deux maisons d’hébergement sont situées dans le district Cascades, près des services au centre-ville et également à proximité d’autres précieux organismes communautaires à qui nous référons les personnes hébergées chez nous selon leurs besoins spécifiques (APAJ, Centre psychosocial, Trait d’union montérégien, Collectif de défenses des droits, etc.)

Comme nous œuvrons en prévention de l’itinérance, nous siégeons à plusieurs tables de concertation prêtes à endiguer en amont ce terrible phénomène social. Nous siégeons à la Table itinérance maskoutaine et participons à l’événement la Nuit des sans-abri, ayant pour but de sensibiliser la population maskoutaine et les élu.e.s aux causes sociales derrière l’itinérance.

Car au-delà des multiples problématiques de santé mentale et de consommation qui amènent les personnes à vivre dans la rue, il y a aussi les conditions de vie sociale. Ainsi, une des causes avérées de l’itinérance est le manque de logements abordables sur un territoire donné.

Le rapport annuel de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) fait état d’une situation très préoccupante à ce sujet : Saint-Hyacinthe fait désormais partie des villes pointées, car son taux d’inoccupation de logements est sous la barre des 3 %, n’étant plus qu’à 1,4 %.

Et nous le savons, ces statistiques ne tiennent pas compte des logements abordables ayant été acquis et qui seront démolis par la Ville de Saint-Hyacinthe, pour ses divers projets de réaménagement de la promenade Gérard-Côté, ses divers stationnements publics prévus et, si l’on se fie aux règlements 349-6 et 350-97, du développement résidentiel à haute densification.

Ces deux règlements à être officiellement adoptés lors de la prochaine séance publique du 17 décembre sont aussi très préoccupants en ce qu’ils prévoient que la zone centre-ville sera modifiée afin d’en faire une zone centre-ville riveraine. Tout au long de la promenade Gérard-Côté, les changements de zonage prévus au plan d’urbanisme permettront des constructions variant de six à huit étages.

Outre le fait que ces hauteurs ne cadrent pas avec le patrimoine bâti déjà en place dans notre quartier populaire, nous nous inquiétons au sujet des effets de ces constructions futures dans notre quartier Christ-Roi sur l’effritement du parc de logements abordables.

Déjà, notre mission à MADH d’aider les personnes hébergées chez nous à se trouver un chez-soi convenable et, surtout, abordable est devenue au cours des années de plus en plus difficile à remplir, faute d’accès aux logements abordables et aussi sociaux.

Nous saluons bien sûr la construction à venir de l’immeuble Concorde qui procurera 52 logements sociaux et abordables. Mais cela n’est en rien suffisant : nous parlons pour ces logements d’une liste d’attente de plus de 200 personnes, cela avant même de compter les personnes nouvellement touchées et qui seront évincées à la suite des acquisitions domiciliaires de la Ville des derniers mois.

Nous déplorons que la Ville de Saint-Hyacinthe se soit engagée dans un processus de revitalisation de centre-ville qui se fera sur le dos des plus démunis : des personnes habitant seules, des familles immigrantes, des personnes plus âgées ainsi que des personnes en reconstruction de soi, ayant des problématiques en santé mentale et d’itinérance.

Nous comprenons qu’en 2018, la densification soit nécessaire et même souhaitable, mais doit-elle se faire à même les gravats des habitations des coopératives d’habitations et des personnes déjà logées dans cette zone?

Les personnes habitant d’ores et déjà la zone centre-ville riveraine ont-elles moins de valeur aux yeux de notre Ville que les futures personnes appelées à rester dans les habitations neuves de huit étages?

Nous ne vous posons pas ces questions de gaieté de cœur, vous vous en doutez bien. Mais cela est dans notre mission de veiller à ce que les personnes que nous hébergeons chez nous aient un endroit pour vivre après leur passage à l’organisme. Et dans le cas présent, il nous peine d’admettre que notre Ville contribue davantage aux problèmes auxquels elles font face qu’elle ne les aide à se reconstruire.

Nous vous demandons donc, dans la mesure de vos pouvoirs, à titre de représentants de la population, de repenser aux divers impacts négatifs que les règlements 349-6 et 350-97 auront sur la population maskoutaine et, le cas échéant, de remettre l’adoption de ces règlements municipaux risquant d’accentuer l’itinérance sur le territoire de la ville de Saint-Hyacinthe.

Au nom du respect pour les personnes hébergées à MADH et de celles habitant déjà la zone centre-ville riveraine et qui pourraient apprendre, à quelques jours de Noël, qu’elles pourraient éventuellement souffrir des évictions pour les locataires et des expropriations pour les propriétaires.

Françoise Pelletier,
cogestionnaire pour MADH

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