8 mars 2012
Maisons de la rue Girouard (24) : Résidences de commerçants
Par: Le Courrier
Photo Archives CHSH circa 1910, détail / Photo France Labossière 2011

Photo Archives CHSH circa 1910, détail / Photo France Labossière 2011

Maison Noé Raymond

publicité

Maison Noé Raymond

Nous parlerons de la maison voisine du magasin Raymond, maison qui porte le numéro civique 2100 de la rue Girouard Ouest et qui a été bâtie pour le marchand Noé Raymond.

Né en 1846, Noé Raymond est le fils du marchand et député Rémi Raymond. En 1868, Noé s’enrôle dans l’armée pontificale, pour revenir en terre maskoutaine deux ans plus tard. Il est fait chevalier de l’Ordre de Pie IX, tout comme son voisin le libraire Euclide-Henri Richer (voir Maisons de la rue Girouard (22)) et est propriétaire, avec son frère Alphonse, du magasin Raymond & Frère situé à l’angle des rues Raymond et Girouard. La maison Noé Raymond est bâtie sur un terrain qui fait partie de la succession Eusèbe Cartier. Eusèbe Cartier décède en 1862, mais c’est en 1875 que les titres de propriété sont transmis aux cinq enfants Raymond, leur père Rémi bénéficiant toujours de l’usufruit des biens meubles et immeubles. Noé Raymond fait, la même année, ainsi que l’année suivante, l’acquisition des quatre cinquièmes indivis de ses frères et soeurs, puis procède à la subdivision des lots. Il garde pour lui le terrain situé à côté du magasin, terrain sur lequel il fera ériger, entre 1876 et 1888, cette résidence de deux étages et demi au déclin de bois. Noé Raymond met en effet en garantie, en 1888, « …l’emplacement sur lequel est construite la résidence privée du débiteur… » pour assurer le paiement d’un emprunt de deux mille dollars effectué en 1886 à sa tante Adèle Raymond. La maison est fort probablement déjà érigée l’année précédent le contrat puisque le bottin de 1887 indique sur la rue Girouard, après la « Traverse de la rue de LaBruère : Raymond, Noé, marchand et Raymond, Rémi, bourgeois ». Le style de la résidence diffère totalement de sa voisine. En effet, la maison Noé Raymond, de forme cubique, possède un toit à deux versants à pente raide recouverte d’une toiture à la canadienne, sans lucarne. La corniche du toit est supportée par des consoles de bois ouvragé avec retombées, fixées à un large bandeau de bois décoré d’appliqués rectangulaires. Des colonnes carrées à consoles dont la tête est ornée d’aisseliers en forme de quart de rond et gravés de motifs, supportent l’auvent de la galerie. Cette galerie possède une extrémité arrondie qui n’est pas d’origine puisque les plans d’assurance de 1904, 1916 et 1950 indiquent clairement une galerie de forme rectangulaire. Les cheminées de brique aux extrémités de la toiture et les nombreuses fenêtres à battants à grands carreaux sont distribuées de façon symétrique en façade de part et d’autre de la porte d’entrée principale surmontée d’une petite galerie, et sur les faces latérales. Cette symétrie, la volumétrie du bâtiment et les retours de corniche confèrent une allure classique à la maison. Par contre, les petites fenêtres au sommet arrondi situées aux pignons latéraux et les ornements de bois ouvragé apportent une touche plutôt néo-renaissance. Ces éléments décoratifs ont fort probablement été rajoutés ultérieurement, sans pour autant altérer l’authenticité de la maison. Noé Raymond sera propriétaire de cette résidence jusqu’à son décès en 1898. C’est alors sa femme Eugénie Bourdon qui devient légataire universelle de ses biens. La maison est exclue du partage entre les successions des deux propriétaires du magasin Raymond en 1903. Ce sont les cinq enfants de Noé qui héritent donc de la maison au décès de leur mère en 1905. L’un deux, Rémi qui est également commerçant, est contraint de transmettre, en 1908, sa part d’héritage à ses frères, J-Sabin, agent d’affaires, Félix, manufacturier, William, commis-marchand, et Charles Raymond, commerçant de Saint-Jude, s’étant « endetté envers la succession de Madame Eugénie Bourdon, sa mère, en une somme de 6 329 piastres… et… voulant effectuer le paiement de cette dite somme et ne pouvant le faire autrement qu’en transportant à ses colégataires… les droits indivis qu’il a et peut avoir dans les biens composant la succession ». C’est Félix qui fait l’acquisition de la maison la même année, après l’achat des parts de ses frères dans la succession. Félix Raymond est, selon les contrats ou les bottins, « distillateur » ou « manufacturier ». Il vend la propriété en 1915 à « Madame Marie-Louise Richer-Laflèche, veuve de M. J.A. Tellier » qui la revend en 1922 à « Monsieur Pascal-Arsène Lefebvre, commerçant ». M. Lefebvre lègue la maison à titre de legs particulier à sa fille Anne-Marie Lefebvre. Au décès de cette dernière, en 1964, ses enfants vendent la propriété à « Monsieur Paul Ringuet, étudiant, demeurant à Ste-Foy ».

image