5 juillet 2012
Malalalangue
Par: Christian Vanasse

Juillet 2012 Québec. Forum mondial de la langue française. Le secrétaire général de la francophonie, Abdou Diouf, lance un cri d’alarme : « Nous devons être des « indignés » linguistiques! ».

Juillet 2012 Québec. Forum mondial de la langue française. Le secrétaire général de la francophonie, Abdou Diouf, lance un cri d’alarme : « Nous devons être des « indignés » linguistiques! ».

Holà, mon Diouf, comme vous y allez. D’ordinaire si cintré d’une élégante retenue, pourquoi cette soudaine émotion pour la locution pendant que l’Humanité est confrontée à des menaces plus grandes que nature? La guerre, la faim et la misère sur terre d’accord, mais la langue de Voltaire? En tout respect je vous dirais que pour l’instant, côté indignation, ma cour est pleine, merci beaucoup. Que la langue prenne un numéro et son mal en patience derrière la corruption, le vol de nos ressources, la démocratie, l’éducation, la santé, j’en passe et des meilleures la liste est longue. J’ai même pas de place pour l’ours polaire, c’est ben pour dire. Pis là, c’est l’été je suis occupé, y a le camp de jour de mon bonhomme. Ça commence d’ailleurs, je ferme le journal pour voir les animateurs super-motivés accueillir les jeunes : « Bon matin gang! Passé un bon weekend? ».Après un quart d’heure de « fun », « boys », « girls », « anyways », « so », « on move », « put your hands up! » et de « come on » accompagnés de musique exclusivement anglophone, je sors prendre l’air. Ça y est, je suis en joualvert. Passe encore les termes anglos, genre comme, si au moins ils n’étaient pas noyés dans une mer de « s’ontaient », « quand que » « si j’aurais » et « ça l’a »! ÇA L’A!!! Celui-là, précisément, c’est le pire de tous. Ex-aequo avec « bon matin ». Vous me dites les deux dans une phrase, je deviens fou de rage. Et indigné. Et par hasard, je tombe sur cette citation de l’écrivain Joseph Maîstre : « Toute dégradation individuelle est, sur le champ, annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage ».Bougez pas M. Diouf, j’arrive! -30-

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