30 septembre 2021
Piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe
Malgré un rapport critique, Transports Canada se fait rassurant
Par: Jean-Luc Lorry

Au terme d’une visite récente, Transports Canada n’a rien trouvé à redire sur l’état de la piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe. Photothèque | Le Courrier ©

Malgré un rapport critique produit dernièrement par une firme de services-conseils en aviation pointant du doigt le mauvais état de la piste de l’aéroport de Saint-Hyacinthe, Transports Canada se veut rassurant.

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Le rapport final de l’étude de faisabilité de l’aéroport de Saint-Hyacinthe, établi par la firme Octant Aviation de Saint-Hubert pour le compte de la MRC des Maskoutains, trace un portrait peu reluisant de cette infrastructure. Selon les experts de cette firme, la piste représente un risque très élevé pour les utilisateurs et sa réfection devient urgente.

Ce n’est pourtant pas l’avis de Transports Canada. « En août 2021, Transports Canada a inspecté la piste à l’aérodrome de Saint-Hyacinthe et n’a relevé aucun risque majeur associé à son état », indique dans un courriel envoyé au COURRIER Frédérica Dupuis, conseillère principale des relations avec les médias de Transports Canada.

En 2019, la MRC des Maskoutains avait pourtant fait appel aux services d’Octant Aviation pour réaliser une étude de faisabilité en vue d’une possible municipalisation de cet aérodrome privé. Cette étude datée de juillet 2020 révèle que la piste représente un risque pour les aéronefs qui l’utilisent quotidiennement.

LE COURRIER a obtenu une copie de ce rapport final déposé à la séance du conseil de la MRC du 9 juin par l’entremise d’une demande d’accès à l’information.

Au chapitre intitulé « Plan de relance », on insiste sur la gravité de la situation. « Toutefois, pour assurer une relance saine, il est impératif d’optimiser ce qui est présent. La durée de vie des infrastructures se situe entre 20 et 30 ans et l’aérodrome atteint cette limite. La piste comporte de nombreuses fissures et des morceaux d’asphalte s’en dégagent, rendant le tout extrêmement dangereux pour les aéronefs », indique le rapport.

« Depuis quelque temps, les pilotes s’abstiennent de venir étant donné l’état de la piste. Les avions à plus haute performance ne viennent plus du tout, pour cette raison. Pour les entreprises de Saint-Hyacinthe qui utilisaient l’aérodrome pour leurs voyages d’affaires, c’est une perte. Ceux-ci [les aéronefs] ont cessé d’utiliser la piste quand le revêtement de la piste a commencé à s’affriter [sic] et des morceaux de s’en détacher », peut-on lire plus loin.

Transports Canada veille étroitement à la sécurité des infrastructures de transport à l’échelle du pays. « Les exploitants d’aéroport sont responsables de la conformité continue à tous les règlements de sécurité aérienne applicables. Transports Canada est chargé de vérifier que les exploitants d’aéroport s’acquittent de cette responsabilité, grâce au programme de surveillance aérienne. Lorsque Transports Canada est informé de problèmes réels ou potentiels liés à la sécurité des pistes, le ministère assure un suivi auprès des exploitants d’aéroport afin de déterminer si les opérations sur les pistes peuvent se poursuivre en toute sécurité », précise Frédérica Dupuis.

En plus d’une reconstruction partielle de la piste et de l’élargissement des accotements, Octant Aviation dresse une liste des améliorations à entreprendre sur 10 ans comme le scellement de fissures annuel, le marquage des aires de manœuvre et le remplacement du balisage lumineux.

Il est difficile de connaître précisément la rentabilité et la viabilité de l’aéroport de Saint-Hyacinthe puisque les données chiffrées (projection des revenus, charges d’exploitation, projections financières sur 10 ans) ont été supprimées du rapport remis au COURRIER par le service juridique de la MRC des Maskoutains pour une raison de confidentialité.

La firme Octant Aviation évalue la mise à niveau du site à un montant de 2,9 M$ sur 10 ans. Pour assurer ce financement, on recommande de déposer des demandes pour se qualifier auprès de divers programmes gouvernementaux.

Forces et faiblesses

Le rapport final dresse également une liste des forces et des faiblesses de l’aérodrome. Parmi ses forces : des propriétaires et utilisateurs nombreux, mobilisés et impliqués; l’absence de riverains et de plaintes sur les nuisances sonores et la présence d’une hydrobase (unique au Québec).

Les faiblesses de cette infrastructure sont principalement ses installations vieillissantes qui doivent être remises à niveau, une piste étroite et limitée en longueur ainsi qu’un espace restreint pour le développement, limité par les terres agricoles environnantes.

La dimension de la piste fait 3800 pieds de long sur 75 pieds de large. L’étude de faisabilité de l’aéroport de Saint-Hyacinthe précise que la piste en question ne pourrait être prolongée sans entrer en conflit avec le chemin de fer (surface d’approche et décollage nord) et la route 116 (surface d’approche et décollage sud).

En prenant en considération ce rapport final, les maires de la MRC avaient décidé à l’unanimité, lors de la séance de juin, de ne pas donner suite aux travaux de la firme Octant Aviation et de fermer le dossier.

Par la suite, la Ville de Saint-Hyacinthe a démontré son vif intérêt de se porter acquéreur de l’aéroport. Un projet qui est rapidement tombé à l’eau puisque les élus ont décidé de ne pas aller de l’avant après une vérification diligente et la réalisation d’études complémentaires effectuées une fois encore par Octant Aviation.

Le propriétaire de l’aéroport de Saint-Hyacinthe, Gabriel Chartier, n’a toujours pas répondu à nos messages.

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