8 avril 2021
Centre-ville
Marché fermier ou public?
Par: Martin Bourassa

Le Groupe Aquino de Saint-Hyacinthe, spécialisé entre autres dans l’élevage de poulets et de dindons, souhaite se rapprocher des consommateurs et leur vendre ses produits sans intermédiaire. Aux commandes, la famille Leblanc a les moyens de ses ambitions et n’envisage aucunement de réinventer la roue.

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D’où son idée d’ouvrir un marché Du Fermier dans son fief de Saint-Thomas-d’Aquin. Elle compte y vendre principalement des produits maraîchers et bien sûr la viande qu’elle produit. Le tout prendra la forme d’un vaste marché annexé à une station-service près de l’autoroute 20. Ce concept est inspiré du Marché du village à Ange-Gardien, un endroit prisé pour sa boucherie, ses repas préparés et ses bières de microbrasserie.

Mieux encore, la famille Leblanc envisage de greffer à son marché principal un point de vente au centre-ville de Saint-Hyacinthe. Ce satellite de taille réduite pourrait voir le jour dans les anciens locaux du SuperClub Vidéotron sur la rue des Cascades. Encore une fois, on marche dans des sentiers battus. Cette formule a été déployée avec succès par la Ferme des Voltigeurs de Drummondville au cours des dernières années. Le poulet de grain et les produits de ce producteur reconnu sont actuellement vendus dans quatre magasins de proximité à Drummondville, dont l’un a des allures de grange urbaine.

La famille Leblanc ne tente pas de révolutionner le secteur du commerce de détail avec son marché de proximité à deux têtes. Elle souhaite simplement faire sa place au soleil et vendre ses produits localement en s’inspirant de formules éprouvées.

Peut-elle ou doit-elle y parvenir sans faire ombrage au Marché public? C’est la question qui semble intéresser (et diviser!) bien du monde depuis que LE COURRIER a étalé au grand jour les intentions du Groupe Aquino. Du côté de la SDC centre-ville, il semble que personne n’ait sauté de joie en apprenant l’implantation d’un marché Du Fermier près de l’autoroute. Imaginez maintenant la réaction des plus frileux en apprenant l’intention du promoteur de s’installer à deux coins de rue du Marché public.

Au centre-ville, ils sont plusieurs à redouter les effets d’un marché Du Fermier sur le Marché public. Même que certains plaident déjà pour que les autorités municipales interviennent. À la libre et saine concurrence, on oppose le protectionnisme à outrance.

À la SDC centre-ville, dont le mandat est de promouvoir les intérêts des commerçants du centre-ville, on estime que la Ville de Saint-Hyacinthe doit tout mettre tout en œuvre pour protéger le cœur commercial de sa ville et son joyau que représente le Marché public fraîchement restauré. S’il est vrai que la venue de ces marchés Du Fermier contribuera à rétrécir la tarte que se séparent déjà les grandes surfaces et les petits commerces existants, on voit mal comment la Ville de Saint-Hyacinthe pourrait intervenir.

En investissant 8 M$ dans la rénovation du Marché public, elle lui a justement donné les moyens de se démarquer davantage. Notre Marché public n’a jamais eu si bonne mine et n’a jamais eu tant à offrir aux consommateurs.

Dans son état actuel, le Marché public a tout ce qu’il faut pour tirer son épingle du jeu, marché Du Fermier ou pas. Et on va se le dire, le plus vieux marché public au Québec a subi bien d’autres offensives par le passé sans trop pâtir. Souvenez-vous de la controverse qui avait soufflé sur Saint-Hyacinthe quand l’homme d’affaires Jean Fontaine avait annoncé son intention d’ouvrir un marché public à proximité du siège social de Jefo.

Plusieurs oiseaux de malheur avaient prédit que ce centre de promotion des produits du terroir québécois allait donner son coup de grâce au Marché centre. Ouvert avec faste à l’automne 2008, Terroir Etcetera n’a pourtant pas fait long feu malgré les moyens considérables de son fondateur. Et l’ouverture d’une section de produits frais à même le Walmart du secteur nord n’a pas non plus ébranlé les colonnes du Marché public.

À bien y penser, le fait que Groupe Aquino se sente obligé de s’installer au centre-ville n’est pas tant une déclaration de guerre que la reconnaissance de son caractère incontournable pour qui souhaite vendre ou acheter des produits frais du marché. Et de ça, la SDC centre-ville devrait s’en réjouir.

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