4 avril 2019
Laïcité
Marijo Demers à l’aise avec la nouvelle position de Québec solidaire
Par: Olivier Dénommée

Marijo Demers représentait Québec solidaire dans la circonscription de Saint-Hyacinthe en 2018. Elle avait obtenu 6826 votes, soit 16,7 % des voix. Photothèque | Le Courrier ©

Le gouvernement caquiste a déposé le très attendu Projet de loi sur la laïcité de l’État jeudi dernier, confirmant son désir d’interdire le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, et le premier ministre François Legault s’est exprimé ce dimanche dans une courte vidéo pour défendre ce projet de loi. Et pourtant, la plupart des projecteurs étaient plutôt tournés vers le conseil national de Québec solidaire (QS) où les délégués devaient décider de la position qu’allait défendre le parti sur cette question. Une majorité écrasante a décidé de s’éloigner du « compromis Bouchard-Taylor » et de n’interdire aucun signe religieux pour les employés de l’État.

Marijo Demers, candidate solidaire dans Saint-Hyacinthe aux dernières élections, est sereine avec le choix que fait son parti, même si elle-même défendait plutôt « l’option A », soit de garder le cap avec l’idée de seulement interdire le port de signes religieux aux policiers, juges, procureurs de la Couronne et agents de prison. « Cette fin de semaine, les délégués devaient se prononcer sur les deux positions, mais ce n’était pas une surprise que l’option A n’était plus l’option privilégiée », reconnaît la militante.

Elle précise que le processus menant à ce vote s’est fait « sans brûler d’étapes ». « Le processus était enclenché depuis un an et demi. Il y a eu des réflexions saines, des conférences et des rencontres avec des experts et la décision a été prise en toute connaissance de cause. »

Deux délégués, Philippe Daigneault et Sonia Chénier, étaient les porte-parole de la position maskoutaine. Ils défendaient la position Bouchard-Taylor, même si, ironiquement, M. Daigneault était lui-même un partisan de l’option B. « Lors de l’assemblée générale locale, le vote était partagé entre les deux choix, mais l’option A l’a remporté. C’est donc elle que j’ai défendue cette fin de semaine même si je faisais moi-même partie de la minorité qui penchait pour la B à Saint-Hyacinthe », reconnaît le militant qui assure que le climat du conseil national était « ultra respectueux », une belle surprise pour lui.

Quels impacts?

Rencontrée mardi matin, Marijo Demers croit qu’il est encore trop tôt pour connaître l’effet de cette nouvelle position de son parti face aux signes religieux. « La poussière n’est pas encore retombée et on ne sait pas encore comment cette position va être incarnée dans les débats à venir. Il va falloir attendre quelques mois, voire quelques années, pour vraiment voir l’effet qu’a notre nouvelle position sur l’électorat. »

L’ancienne candidate espère tout de même que le débat sur la laïcité, qui « dérape au Québec depuis une douzaine d’années », sera bientôt clos pour qu’on puisse s’intéresser à d’autres enjeux qui lui tiennent davantage à cœur, comme l’environnement et l’éducation.


La vraie position de Marijo Demers

Si Marijo Demers défendait le compromis Bouchard-Taylor au sein de son parti, sa véritable position sur la question de la laïcité est légèrement différente. Elle a signé un texte collectif publié le 22 mars dans Le Devoir où elle dévoilait sa véritable position, qui va plus loin que Bouchard-Taylor dans la mesure où elle souhaite un État laïc qui ne donne plus d’argent aux écoles et organismes à vocation religieuse. « [P]our construire un pays vraiment laïque, Québec solidaire doit aller plus loin. Si l’on veut séparer la politique des religions, il faut retirer le crucifix du Salon bleu [de l’Assemblée nationale] et mettre fin au financement public des écoles privées confessionnelles et aux avantages fiscaux accordés aux organisations religieuses », peut-on notamment y lire. Quatre autres militants de Saint-Hyacinthe ont également signé cette lettre.

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