22 juin 2017
Maudits adultes!
Par: Le Courrier
Maudits adultes!

Maudits adultes!

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Ce premier juin, en lisant Le Courrier de Saint-Hyacinthe, j’apprenais que la directrice de l’école primaire Roméo-Forbes avait comme intention d’aplanir la petite butte de sa cour d’école. Toujours en train de pleurnicher pour manque de financement, nos écoles jettent leur argent par les fenêtres en affadissant le quotidien de leurs élèves. D’une pierre deux coups les cocos! 

Mais que vaut cette entreprise chevaleresque? Quel objectif? La directrice de l’école, Chantal Gagnon, déclarait au COURRIER que « c’est principalement pour une question de sécurité » et que les élèves étaient sujets à des « blessures fréquentes ». Bon, bon, bon. Et en plus de cela, la butte offrirait à l’élève une occasion de se cacher des surveillants (probablement afin de comploter une révolution felquiste à en croire le drame), et qu’il serait de « la responsabilité de l’école d’assurer une surveillance optimale de la cour ». 

Quelqu’un croit-il sincèrement à toutes ces balivernes deux secondes? Tant qu’à y être, pourquoi ne pas enlever tout le gravier sur la cour d’école pour y mettre de la tourbe? Ne voyez-vous pas que les élèves peuvent être sujets à des « blessures fréquentes » en tombant? En plus de cela, n’avez-vous donc jamais entendu parler de ces jeunes qui portent un costume gris et qui se fondent dans le gravier afin de se cacher de la vue des surveillants? D’ailleurs, que font ces paniers de basket dans la cour? Ce jeu de compétition n’est-il pas sujet à de nombreux conflits qui pourraient dégénérer en guerre civile? Ce jeu n’est-il pas une forme de ségrégation envers la communauté Noire? Tant de questions qui doivent trotter dans la tête de la directrice dans ses plans pour l’avenir de son école. 

Plus sérieusement, ce courant idéologique d’hypersécurisation que nous pouvons observer dans notre société est d’une plus grande ampleur que le cas de la petite école Roméo-Forbes. Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche nous en faisait déjà l’avertissement au XIXe siècle en nous parlant de son concept du Dernier Homme. Le Dernier Homme serait « l’individu […] qui, selon Nietzsche, est incapable de supporter la vie dans ses tensions, ses contradictions, ses incertitudes et ses douleurs. C’est l’homme qui cherche toutes les assurances […]. Bref, c’est l’homme qui évite tous les risques et se contente de son plat bonheur » (Cuerrier, 2014, p.159). 

Ça vous dit quelque chose? Les adultes tentent d’annihiler toute forme de danger chez l’élève. Que veulent-ils faire d’eux alors? Les laisser devant un ordinateur durant toute la récréation? Je me demande sincèrement si l’on a demandé l’avis aux principaux concernés : les élèves… (poser la question, c’est y répondre)

En clair, je prie la directrice de l’école, dans un éclair de lucidité, de cesser ce projet dès maintenant. Pour les adultes, la butte de Roméo-Forbes n’est rien qu’un amas de terre, mais pour un élève, c’est le Mont Olympe. Les enfants voient les choses de manière beaucoup plus grande que nous ne le voyons : cela fertilise leur imagination et colore le charme de leur existence. Pour eux, une butte n’est pas qu’un simple endroit sujet à « blessures fréquentes », mais un endroit où on glisse l’hiver, où on joue au roi de la montagne et où on discute simplement entre amis en ayant on œil providentiel sur la cour d’école. 

Sur ce vive les blessures! Vive l’insécurité!

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