3 octobre 2019
Logement social
Mauvais calcul
Par: Martin Bourassa

Je n’ai jamais entendu parler d’un gouvernement qui s’était attiré des louanges en imposant une nouvelle taxe à moins qu’elle ne vise à pénaliser des comportements que l’on cherche à modifier. Bonjour aux fumeurs et aux pollueurs.

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Demander à n’importe quel individu s’il est favorable à l’idée de payer davantage pour quelque chose ou s’il juge qu’il paie suffisamment de taxes et sa réponse sera cinglante. C’est pourquoi il est assez curieux, voire incompréhensible, de voir la Ville de Saint-Hyacinthe s’aventurer dans cette voie pour démontrer qu’elle se préoccupe plus que toute autre du logement social. En isolant sur le compte de taxes foncières une taxe spéciale équivalente à 1 sou du 100 $ d’évaluation pour engraisser sa réserve vouée à faire lever de terre des logements sociaux – une idée qui est présentement à l’étude au conseil municipal – elle cherche sans doute à se donner bonne conscience.

Pourquoi une taxe sur le logement social et non une taxe pour créer un fonds vert, pour nettoyer la rivière, pour soutenir la Moisson maskoutaine, etc.? Il faut savoir qu’il y a déjà une part de vos taxes foncières annuelles qui sert au financement du logement social. La Ville y consacre déjà environ 200 000 $ chaque année.

Si elle trouve que c’est insuffisant, rien ne l’empêche d’augmenter cette contribution en se livrant à un exercice comptable. Selon le principe des vases communicants, ce qu’elle donne de plus au logement social, elle doit le récupérer ailleurs. Ou bien se résoudre à augmenter davantage la taxe foncière générale, au lieu de vouloir limiter l’augmentation au taux de l’inflation comme ces dernières années. Pas besoin d’étiqueter cette hausse de taxes, il suffit de bien l’expliquer en présentant son budget.

Si la Ville souhaite frapper l’imaginaire avec sa taxe sur le logement social, c’est qu’elle se dit que personne n’est contre la vertu. Il y va de la responsabilité de la Ville et de l’ensemble des contribuables de voir à ce que les moins nantis d’entre nous aient un toit convenable et abordable où se loger. Le hic, c’est que par ses actions des derniers mois, nos élus ont directement contribué à exacerber le problème du logement social en démolissant des immeubles du centre-ville pour aménager des stationnements ou en préparant le terrain pour la promenade Gérard-Côté 2.0. L’incendie de la Place Frontenac et la venue de Groupe Sélection, qui reluque une partie de la rue Saint-François, sont autant de facteurs qui ont accru le besoin de logements abordables ou sociaux. Sauf que la solution municipale passe essentiellement par la poche des Maskoutains et je redoute la réponse de ceux-ci. Surtout si la Ville refuse de demander aux promoteurs de se soucier eux aussi du logement social. On dit que les élus ne veulent pas freiner le développement en imposant des conditions aux investisseurs, mais que dire d’élus qui n’ont aucun remords à taxer uniquement et davantage les gens qu’ils représentent? Je dirais qu’ils font un très mauvais calcul politique.

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