29 octobre 2015
Le pont Bouchard fermé
Mauvais pour le commerce
Par: Benoit Lapierre
Mauvais pour le commerce

Mauvais pour le commerce

Chez Groupe Maska, on a trouvé une façon ­ingénieuse d’utiliser encore le pont Bouchard jusqu’à sa démolition. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Chez Groupe Maska, on a trouvé une façon ­ingénieuse d’utiliser encore le pont Bouchard jusqu’à sa démolition. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le pont Bouchard, au centre-ville de Saint-Hyacinthe, a été fermé d’urgence le 2 octobre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le pont Bouchard, au centre-ville de Saint-Hyacinthe, a été fermé d’urgence le 2 octobre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Condamner un pont où passent ­habituellement 15 695 véhicules par jour ne peut qu’engendrer d’importantes répercussions, surtout en pleine ville. Depuis un mois, des deux côtés de la rivière, des commerçants subissent les contrecoups de la fermeture du pont Bouchard, décrétée par le ministère des Transports (MTQ) le 2 octobre.

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Et leur calvaire est loin d’être terminé. Il va se poursuivre durant 13 mois, minimum, car les travaux de reconstruction de cet ouvrage maintenant interdit à la circulation automobile par mesure ­préventive – piétons et cyclistes peuvent encore y circuler – doivent s’échelonner de février à décembre 2016.

Chez Groupe Maska, personne ne ­rigole. L’entreprise spécialisée dans les génératrices, les moteurs diésel, la ­peinture et les pièces d’automobiles a toujours été directement branchée sur le pont Bouchard, dans ses locaux du 550, avenue Vaudreuil. « On fait 100 transports par jour et avec tous les véhicules qu’on a sur la route, c’est l’enfer. Mais on essaie de s’organiser. On a installé une navette pour traverser le pont avec les pièces qui peuvent être manoeuvrées manuellement. On les transporte dans une ­voiturette de golf, ça nous évite de nous promener d’un bord à l’autre en voiture », a confié le propriétaire Roger Letendre.

Il signale que son entreprise ne sera pas la seule à souffrir de cette fermeture. « Toutes les entreprises de la ville sont ­victimes de ça, et toute la population aussi. Des gens qui prenaient 15 minutes pour se rendre au travail doivent maintenant compter 30 ou 45 minutes. Mais si le pont est dangereux, c’est correct qu’ils l’aient fermé, et personne n’y peut rien. » Croit-il que le MTQ, propriétaire du pont, a péché par négligence dans l’entretien de la structure? « Je vais garder mes ­commentaires là-dessus », a laissé ­tomber M. Letendre.

En face de son commerce, l’habituel flot de voitures arrivant du pont Bouchard s’est arrêté net, et la rue est tout aussi calme que devant le garage Courtemanche et Frère, du 875 Dessaulles. « On est au début de la saison des pneus d’hiver et présentement, l’impact est dur à chiffrer. Mais même si je suis bien ­gentil, les gens ne feront pas tous un ­détour de 20 minutes juste pour venir ici faire poser quatre pneus. Je crains que plusieurs choisissent un garage qui se trouve sur leur trajet », a confié le gérant Sébastien Daigle.

Rue des Cascades, à la sortie du pont, l’inquiétude gagne les commerçants. « C’est sûr qu’on s’en rend compte que le pont est fermé. De mon bureau qui se trouve dans la vitrine du magasin, je le vois bien que les passants ne sont plus là. Tout ce qui nous venait de l’autre côté du pont a disparu. Ça vient de commencer, mais qu’est-ce que ce sera dans les ­prochains mois? », se demande Ronald Léonard, du Centre de la Couleur, situé au 850, des Cascades.

Juste en face, le Cabaret Flamingo ­traverse un automne difficile. « Vous en voulez combien, des impacts? J’ai un autre bar sur l’avenue Saint-Simon, et il y a des impacts partout. Je perds 2 000 $ de ventes par semaine et l’hiver n’est pas commencé. J’ai beaucoup de clients qui viennent à pied », a indiqué la tenancière, Dany Ouellet, en pensant au moment où les piétons ne pourront plus traverser la Yamaska par le pont Bouchard.

Sur l’autre rive, chemin Saint-Louis, les temps sont durs au restaurant Subway, qui vit de sa clientèle de travailleurs, aux heures de pointe. Le commerce est donc très affecté par la diminution dramatique de la circulation devant sa porte. « On perd environ 5 000 $ par semaine. Les travailleurs viennent surtout aux rushs du diner et ça a baissé beaucoup », souligne la gérante Sherin Charles.

La fermeture du pont Bouchard se fait même sentir au restaurant Subway de Douville, du 4715, Laurier Ouest, à l’autre extrémité de la ville. « C’est mieux que cet été, durant les travaux du boulevard­ ­Laurier, mais on s’en ressent quand même, parce que les gens font des ­détours par les rues Saint-Pierre et de la Concorde », souligne la gérante Anie Desloges.

Le supermarché Maxi, de l’avenue Saint-Louis, ne parait pas trop souffrir du trafic réduit dans les rues. « C’est sûr qu’il y a une diminution dans les ventes, mais nous avons quand même une belle ­structure de prix qui nous aide, on ne s’en cachera pas », dit le gérant Jean-François Côté.

Comme lui, Martin Landry, de la Friterie Laurier, ne semble pas désespéré par la situation. « Je dirais qu’on remarque une légère baisse, mais ce n’est même pas 10 %. C’est dans les livraisons en soirée que c’est plus difficile. »

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