16 août 2018
Monnaies virtuelles, dispute bien réelle
Par: Martin Bourassa

Il ne se passe plus une semaine, voire une seule journée, sans que nous entendions parler de chaînes de blocs, de Bitcoins et autres cryptomonnaies. Les nouvelles à ce sujet naviguent entre les avertissements répétés aux investisseurs intéressés par ces monnaies virtuelles et les projets de développement lancés à droite et à gauche, et dans la région de Saint-Hyacinthe, par des promoteurs flairant la bonne affaire.

Tenez, dans mon journal du matin, lire Le Devoir de mardi, on nous annonce à la une du cahier 2 qu’une nouvelle monnaie virtuelle à impact social sera disponible dès octobre. Décidément, ces monnaies virtuelles semblent pousser comme des champignons. D’où les nombreuses mises en garde de l’Autorité des marchés financiers (AMF) justement, à l’effet que l’anonymat des transactions en monnaie virtuelle peut faciliter la tâche des fraudeurs. C’est écrit noir sur blanc sous la rubrique « Ce que vous devez savoir sur le Bitcoin et autres monnaies virtuelles » sur la page d’accueil de l’AMF.

Parmi les risques associés à ces monnaies, on y parle des risques de volatilité, de liquidité, technologique, juridique et du risque de participation à des activités criminelles, terroristes, frauduleuses ou de blanchiment d’argent. Bref, rien pour vous donner envie d’investir vos économies dans cette direction. Ce qui n’empêche pas, semble-t-il, les promoteurs de prospérer et d’avoir de grandes ambitions.
À Saint-Hyacinthe, l’aventure des cryptomonnaies a débuté il y a environ un an avec l’arrivée de la firme Bitfarms. Celle-ci a installé une ferme de minage dans un entrepôt de 40 000 pieds carrés de l’ancienne Kimberly-Clark. Grosso modo, cette « ferme » regroupe de puissants ordinateurs servant à exécuter des calculs complexes. Pour alimenter ces machines, ces entreprises ont besoin d’électricité en quantité industrielle, d’où les représentations faites auprès d’Hydro-Québec pour obtenir de l’électricité à taux préférentiel à même les surplus de la société d’État et l’intérêt de certains promoteurs envers les petites centrales hydroélectriques privées. Localement, les installations énergétiques de Bitfarms auraient une capacité énergétique de 10 MW, soit près de quatre fois la puissance installée de la centrale privée de l’entreprise Algonquin Power (2,55 MW) au centre-ville. Bitfarms travaillerait aussi sur une phase d’expansion, mais demeure discrète. Jusqu’ici, ses activités maskoutaines ne semblent déranger personne et c’est tant mieux.

C’est tout le contraire du côté de Sainte-Marie-Madeleine où un promoteur a implanté une mine de cryptomonnaies sous un dôme qui servait auparavant de centre équestre, en plein territoire agricole. Ce promoteur est nul autre que Benoit Laliberté, désavantageusement connu dans le milieu des affaires depuis la saga Jitec.

Dans La Presse du 16 janvier 2018, on le présentait d’abord comme un controversé promoteur, en rappelant qu’il avait été reconnu coupable de fraude fiscale, de délits d’initié et condamné en 2008 à verser des amendes de près de 1 M$ pour avoir violé la Loi sur les valeurs mobilières du Québec, avant de s’attarder sur sa nouvelle entreprise : Blockchain Data Centers. Cette dernière disait cibler une vingtaine de régions du Québec pour y aménager ses centres de données sous d’immenses dômes de toile. On comprend maintenant que son « dôme-pilote » se trouve à Sainte-Marie-Madeleine où la nouvelle vocation donnée au centre équestre n’est pas passée comme une lettre à la poste.

La municipalité ne voit pas cela d’un bon œil et a toujours refusé de délivrer les permis réclamés par le promoteur. La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a elle aussi de grandes réserves sur les vertus agricoles du projet, si l’on se fie aux décisions rendues jusqu’ici, dont celle qui a fait l’objet de notre manchette du 9 août. Si la municipalité croit avoir gagné une bataille, la guerre est loin d’être terminée puisque le promoteur a décidé de porter cette récente décision en appel.

Le contraire aurait été surprenant, car le modèle d’affaires de Blockchain est en jeu, elle quicomptait se servir de la chaleur générée par les ordinateurs pour alimenter des serres et y faire pousser des légumes, une idée qui est loin d’être farfelue.La question est de savoir quelle est l’activité principale de l’entreprise : la production de légumes ou de Bitcoins. Jusqu’ici, la CPTAQ a toujours penché pour le Bitcoin en décrétant que cette activité n’avait pas sa place en zone agricole. Cela nous apparaît être sensé, mais Benoit Laliberté ne sera pas facile à décourager. 

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