12 avril 2012
Ne pas perdre la face
Par: Le Courrier

Si on respecte son adversaire, on ne devrait jamais le mettre dans une situation où il doit perdre la face totalement. Ainsi, dans le conflit des droits de scolarité, le gouvernement Charest devrait accepter un compromis qui permettrait aux étudiants ou, en tout cas à une grande majorité d’entre eux, de lui dire oui et de dénouer l’impasse.

Si on respecte son adversaire, on ne devrait jamais le mettre dans une situation où il doit perdre la face totalement. Ainsi, dans le conflit des droits de scolarité, le gouvernement Charest devrait accepter un compromis qui permettrait aux étudiants ou, en tout cas à une grande majorité d’entre eux, de lui dire oui et de dénouer l’impasse.

Le gouvernement a-t-il raison de vouloir imposer une majoration des frais de scolarité? Probablement. Les arguments en faveur sont bien connus. Les finances de l’État sont dans un mauvais état. L’étudiant doit assumer la responsabilité (au moins partielle) du financement de ses études. L’investissement pour l’étudiant est nettement rentable et se traduira par des dizaines de milliers de dollars de revenus supplémentaires sur la durée de sa période active.Oui, mais le problème en est un de trésorerie, autant pour le gouvernement que pour les étudiants. Oui, le gouvernement pourra collecter de plus gros impôts et taxes à la consommation sur des revenus plus gros des contribuables plus instruits, mais sur une longue période. J’ajoute ici que le gouvernement aura aussi moins à débourser pour ces contribuables en soins de santé (physique et mentale) puisque la relation entre bonne santé et revenus élevés est directe. Les gens qui ont de meilleurs revenus ont généralement moins de problèmes avec la justice et les services sociaux et coûtent donc moins cher à l’État.Certains étudiants ont des parents suffisamment en moyens et disposés à assumer le coût de leurs études. Parfois les parents ont les moyens et ne veulent pas. Dans d’autres cas, ils voudraient, mais n’ont pas les moyens. Il revient alors à l’étudiant de trouver les moyens. Travailler est une possibilité lorsque la situation économique y est favorable; les revenus ne sont pas toujours suffisants, surtout si on veut ne pas ou pas trop s’endetter. Outre les emprunts auprès des institutions financières qui peuvent être très coûteux (quand les taux ne sont pas aussi bas que maintenant), il reste les prêts et bourses. Pour les prêts, je n’ai aucune idée des montants accessibles. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra les rembourser. Et si la rémunération de travail devait se révéler inférieure à la moyenne si souvent indiquée? Et si l’étudiant devait se trouver dans l’impossibilité de travailler (maladie, accident, etc.)? Pour les bourses, tout le monde a mentionné qu’elles ne sont pas suffisamment élevées et, surtout, que les critères d’attribution, particulièrement le revenu des parents, est beaucoup trop limitatif.Donc, si le gouvernement ne veut pas que la session en cours soit annulée, ce qui représente des coûts pour lui et pour les élèves qui commenceront à payer des impôts plus tard, si ces derniers ne veulent pas perdre leur emploi d’été ni entrer plus tard sur le marché du travail, chacun devra mettre de l’eau… dans ce qu’il considère être son eau. Le gouvernement et les étudiants doivent envisager une hausse des droits, mais étalée sur une plus longue période. Le gouvernement doit accepter de relever les seuils de revenus parentaux pour accéder aux bourses. On doit accepter des compromis et permettre à l’autre de sauver la face ou faire face à des conséquences coûteuses.J’ai déjà suggéré un autre mode de financement des études, mais cela est une autre histoire et ce n’est pas actuellement le temps d’en débattre. J’en laisse quand même les grandes lignes.1. Les droits de scolarité devraient refléter les coûts réels, variables donc selon les programmes suivis.2. L’étudiant devrait avoir accès aux prêts nécessaires pour financer ses études.3. Une fois sur le marché du travail, le contribuable québécois aurait droit à une extinction d’un pourcentage de sa dette, par exemple 5 % ou 10 % par an, jusqu’à concurrence d’un pourcentage maximum, le reste devant être remboursé sur un nombre d’années à déterminer.

Denis Poitras, MBASaint-Hyacinthe-30-

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