7 mars 2013
Nostalgie et déception chez les anciens
Par: Le Courrier

La disparition prochaine du collège Antoine-Girouard en tant que maison d’enseignement privée ne laisse pas indifférents des anciens du Séminaire de Saint-Hyacinthe, et certains en sont même ébranlés.

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C’est le cas de Johanne Delage qui, étonnamment, fait partie de l’Association des anciens du Séminaire et qui en a même été la présidente en 2003-2004. C’est que Mme Delage s’est retrouvée au Séminaire en 1969-1970 avec 41 autres jeunes filles du collège Saint-Maurice pour y finir son cours classique.

« Nous voulions absolument terminer notre baccalauréat ès arts, mais comme nous n’étions plus assez nombreuses, on nous a transférées au Séminaire. Nous sommes arrivées dans un milieu de prêtres avec nos mini-jupes. Ma photo est sur un mur du Séminaire. Nous avons été de la dernière promotion du bac ès arts », raconte-t-elle.Une poignée d’étudiantes dans un collège de garçons, ça ne passait sûrement pas inaperçu à l’époque, mais Mme Delage assure que ça n’avait pas créé l’émoi qu’on pourrait s’imaginer parmi les gars. « Nous étions de deux collèges voisins et on se côtoyait déjà depuis plusieurs années. On se connaissait tous très bien », explique-t-elle.Johanne Delage est demeurée très attachée aux deux institutions qu’elle a fréquentées – c’est son alma mater, explique-t-elle – et ce n’est pas sans peine qu’elle vivra la fin du Séminaire dans celle du collège Antoine-Girouard. « J’ai été commissaire à la Commission scolaire Val-Monts, puis à la Commission scolaire régionale, j’ai vécu la fusion qui a créé la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe. Aujourd’hui, ça me fait tout drôle d’apprendre que la Commission scolaire pourrait prendre la relève d’Antoine-Girouard. Mais je ne vois rien de réjouissant là-dedans. Pour moi, c’est un abandon. » Selon elle, le collège aurait pu s’en sortir si l’Oeuvre Antoine-Girouard avait accepté d’éponger une dette d’un peu plus de 2 millions $ résultant de la construction du nouveau complexe sportif. « Je ne comprends pas. La première mission de l’Oeuvre, c’est de supporter l’enseignement. Maintenant, je suis très inquiète pour le personnel du collège et pour sa direction », confie Johanne Delage, qui a aussi été conseillère municipale de 1996 à 2009.Un autre ex-conseiller municipal, Ray-Marc Dumoulin, l’avait précédé à la présidence des Anciens du Séminaire en 2002-2003. Lorsqu’il a présidé le comité organisateur du bicentenaire du Séminaire, une fête célébrée en 2011, M. Dumoulin était loin de se douter qu’une annonce aussi peu réjouissante viendrait à peine deux ans plus tard. « Je suis très attaché au Séminaire. J’y ai étudié (1949-1957) et j’y ai même enseigné durant huit ans à partir de 1962-1963, l’année de l’incendie. J’y étais rentré comme prof en septembre, puis en février, le feu détruisait mon milieu de travail », relate-t-il.Il avoue avoir « vu venir » les problèmes qui ont assailli le collège, surtout en raison de la baisse de sa clientèle. « Le collège a eu du mal à faire sa niche comme école privée, et je pense que le Séminaire commençait à trouver ça pesant de le supporter. Maintenant, qu’adviendra-t-il du Séminaire? C’est une bien grosse bâtisse à faire vivre. J’avoue regarder tout ça avec une certaine nostalgie. »Robert Robin, qui a fréquenté le Séminaire de 1961 à 1969 et qui a lui aussi présidé l’Association des anciens (2006-2007), s’est dit absolument attristé par ce qui arrive. « Je suis extrêmement déçu. Le collège Antoine-Girouard, c’est un fleuron de Saint-Hyacinthe. N’aurait-on pas pu prendre plus de temps pour trouver la formule qui l’aurait sauvé? Tous mes confrères me disent la même chose : on a été pris par surprise, tout le monde. »À une soixantaine de kilomètres de Saint-Hyacinthe, le curé de la paroisse Saint-François-Xavier de Bromont, Réal Lanoie, tend l’oreille lorsqu’il est question du Séminaire dans l’actualité régionale. Lui qui y a étudié de 1961 à 1969 et a été président de l’Association des Anciens en 2004-2005, juste après Johanne Delage, n’est pas près d’oublier ses années passées à Saint-Hyacinthe comme pensionnaire. « Moi, j’ai aimé le Séminaire. C’est là que j’ai vécu mon adolescence. J’adorais le football et j’ai joué pour les Titans durant toutes mes études. Le Séminaire, c’est ce qui m’a mis au monde d’une certaine manière. »Pour le curé Lanoie, le collège Antoine-Girouard, c’est une autre histoire que celle qu’il a connue. « Le sport-études, c’était peut-être devenu trop cher », analyse-t-il.

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