11 juillet 2013
Notre train
Par: Martin Bourassa

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai passé le dernier week-end séparé en deux. Le corps à Saint-Hyacinthe, mais la tête, le coeur et l’esprit à Lac-Mégantic. Grâce aux bulletins de nouvelles en continu et aux réseaux sociaux, cette tragédie me semblait à la fois si loin et si près. C’était consternant.

On ne peut faire autrement qu’être choqué dans tous les sens du terme par cet horrible drame qui a dévasté toute une communauté. Un drame qui n’a fait que des morts, beaucoup trop de morts, et étonnamment aucun blessé ou grand brûlé, preuve que les victimes n’ont eu aucune chance d’échapper à leur triste sort.Cette petite communauté a été foudroyée en plein coeur et devra se résoudre à pleurer des morts réduits à l’état de cendres, bien avant de penser à se relever et à rebâtir. Le choc est immense et doit être partagé. Nous devons être solidaires de ces gens et de ces innocentes victimes. Solidaires à la fois de leur peine et aussi de leur colère.Oui, tous les Québécois ont l’obligation d’être choqués. Choqués par les images, choqués par l’ampleur épouvantable du bilan, choqués par le caractère sans doute évitable de cette tragédie et choqués par le détachement, je pèse mes mots, manifesté par la compagnie Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), propriétaire et opérateur du train de la mort, dans les premières heures du drame. Choqués aussi de réaliser à quel point nous ignorons tout des conditions dans lesquelles sont transportées les matières dangereuses. Choqués par notre ignorance des mesures de sécurité et des protocoles en vigueur dans le secteur ferroviaire. Choqués par le perpétuel danger qui nous entoure, sans que nous y portions trop attention. Choqué par le laxisme des contrôles en vigueur dans cette industrie et surtout par la règlementation qui permet l’utilisation de wagons non sécuritaires.Plus je regardais les extraordinaires images de dévastation et de désolation en provenance de Lac-Mégantic et plus je ne pouvais m’empêcher de penser à quel point nous sommes nous-mêmes passés bien près d’une catastrophe similaire il y a moins de 15 ans. Souvenez-vous du 30 décembre 1999 et de la spectaculaire collision entre deux Ultratrain du CN entre Sainte-Marie-Madeleine et Mont-Saint-Hilaire.À l’époque, on avait parlé d’un coup de chance inouï à la vue du bilan de ce qui était considéré alors comme l’une des plus importantes collisions ferroviaires à survenir au Canada au cours des 25 dernières années. Cet accident avait fait deux morts, les opérateurs de l’une des deux locomotives, et impliqué pas moins de 61 wagons qui s’étaient empilés les uns sur les autres tels des dominos. Certains wagons avaient brûlé pendant plus de quatre jours et 350 familles avaient été évacuées.Les commentaires des autorités avaient été unanimes. Je retiens celui de Gilles Dubuc, alors directeur de la sécurité publique de Mont-Saint-Hilaire.« Je préfère ne pas penser à ce qui aurait pu se passer si la collision s’était produite au centre-ville, à moins de cinquante mètres des maisons », pouvait-on lire dans notre édition du 5 janvier 2000. En imaginant un tel scénario à Saint-Hyacinthe, le chef des pompiers, Jacques Desrosiers, avait admis que le résultat aurait été tout simplement « catastrophique ». Personne ne peut maintenant les contredire.J’ai aussi repensé ces derniers jours à tous les opposants au fameux projet de pipeline d’Ultramar en me disant que tout compte fait, et même si les risques d’accident ne sont pas nuls avec les oléoducs, je préfère de loin ces pipelines aux passages quotidiens des convois de citernes sur rails en plein coeur des centres-villes.Enfin, il serait pertinent qu’on nous dise si les trois recommandations qui avaient été formulées par le Bureau de la sécurité des transports au terme de l’enquête sur l’accident de 1999 ont eu des suites positives. L’une d’elles demandait justement que Transports Canada révise les exigences relatives aux plans d’intervention d’urgence pour s’assurer que, lors du transport d’hydrocarbures liquides, on tienne compte des risques que ce transport représente pour le public dans les zones urbaines.Bien hâte maintenant de lire les conclusions de la prochaine enquête sur Lac-Mégantic et de voir quels gestes politiques et autres seront posés en réponse à cette tragédie qui risque de nous perturber et de nous hanter longtemps.Pour ne pas dire à jamais.

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