12 juillet 2012
Noyau urbain et gros pépins
Par: Martin Bourassa

Novembre 2008, c’est l’amour fou entre la Ville de Saint-Hyacinthe et les Centres d’achats Beauward, propriétaire des Galeries St-Hyacinthe.

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Novembre 2008, c’est l’amour fou entre la Ville de Saint-Hyacinthe et les Centres d’achats Beauward, propriétaire des Galeries St-Hyacinthe.

Tellement que la première consent à vendre une rue, en l’occurrence la rue Gauvin, à la seconde, au prix de 147 196 $ avant taxes.Cette transaction est essentielle, disait-on, à la réalisation du projet d’agrandissement des Galeries et permettra d’accroître le nombre de cases de stationnement. Le conseil de ville l’adopte à l’unanimité. Beauward est content, même si quatre ans plus tard, l’utilité, voire la pertinence, de cette transaction ne saute pas aux yeux.Juin 2012, c’est la guerre entre la Ville de Saint-Hyacinthe et Beauward. Cette dernière conteste devant la Cour supérieure deux règlements municipaux qui visent à permettre à un promoteur privé de bâtir une tour de bureaux en bordure de l’autoroute 20, à quelques rues seulement des Galeries. Beauward n’est pas content du tout.Que s’est-il passé pour envenimer les relations entre les deux parties?Il y a eu l’adoption d’un nouveau Plan d’urbanisme en novembre 2010, au terme de deux consultations publiques et l’analyse sommaire de 67 mémoires.Ce plan adopté en quatrième vitesse était tout sauf parfait, en particulier au niveau de l’immobilier commercial et des espaces à bureaux, et ce, au moment où une lutte féroce opposait deux promoteurs majeurs, soit les Galeries et le Groupe Robin (Projet M).Plutôt que de permettre aux deux rivaux de se battre à armes égales, ce plan imparfait a avantagé les Galeries en instaurant le concept de noyau urbain central, une création importée chez nous par la firme de consultants retenue par la Ville pour l’accompagner dans la refonte du plan d’urbanisme. C’est dans le noyau des Galeries, du boulevard Laframboise, de la rue Sainte-Anne et du centre-ville que devait passer le développement de la Ville, selon le fameux plan. Là et pas ailleurs. Surtout pas au Projet M pourtant situé à un jet de pépin du fameux noyau et des Galeries. Dans les faits, ce noyau a contribué à renforcer la position de force des Galeries dans le marché des espaces à bureaux structurants.Mécontent, et pour cause, le Groupe Robin avait menacé de faire dérailler l’adoption du plan. On l’aurait amadoué en l’assurant du soutien de la Ville le moment venu. Et ce moment n’a pas tardé. Il s’est présenté il y a quelques semaines sous la forme d’une tour de bureaux écologique. Comme prévu, la Ville a donc entrepris de modifier son plan d’urbanisme et adopté deux règlements donnant le feu vert à Robin.Beauward a riposté par une demande d’injonction et une poursuite qui vise à faire invalider les deux règlements. Les procédures visent la Ville de Saint-Hyacinthe et mettent en cause l’Oeuvre Antoine-Girouard qui possède encore le terrain où doit s’élever la tour. Encore une fois, les liens privilégiés entre l’Oeuvre et le Groupe Robin défraient les manchettes. On ne doit pas être très heureux à l’Évêché de se retrouver du coup plongé au coeur d’une dispute commerciale. Dans l’immédiat, les manoeuvres de Beauward pour stopper Robin risquent de réussir, du moins jusqu’à ce qu’un juge se prononce sur le fond de l’affaire. Il y a du sable dans l’engrenage et les institutions prêteuses, c’est bien connu, n’aiment pas beaucoup le sable.La Ville de Saint-Hyacinthe devra pour sa part défendre ses décisions. Elle ne peut quand même pas abdiquer et laisser Beauward décider à sa place de ce qui est bon ou pas pour le développement économique de Saint-Hyacinthe.Cette défense ne se fera pas sans frais.Et tout cela pourquoi? Parce que la Ville a été l’artisan de son propre malheur en adoptant un plan d’urbanisme imparfait. Car ne nous y trompons pas. C’était écrit dans le ciel que la Ville courrait après le trouble en agissant comme elle l’a fait.En donnant des privilèges à un groupe au détriment d’un autre, elle s’exposait à une riposte virulente de Beauward ou de Robin. Elle ne pouvait y échapper. Non c’est faux, nos élus auraient pu éviter bien des problèmes s’ils avaient inclus le projet M à l’intérieur du noyau urbain central quand c’était le temps.Il aurait suffi d’élargir quelque peu le noyau. Cela aurait évité bien des pépins!

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