21 avril 2016
Objectif 60 000 : l’art de mettre les boeufs avant la charrue
Par: Le Courrier
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Lettre à Claude Corbeil.

Avait-on besoin de ­commander un rapport pour se rendre compte que l’objectif d’atteindre 60 000 habitants pour Saint-Hyacinthe d’ici 2020 est complètement irréaliste? Les 25 000 $ qu’a coûtés cette étude auraient très bien pu être versés à une meilleure cause, avouons-le.

J’ai toujours eu un malaise avec ce genre d’objectif qui repose sur un chiffre lancé dans les airs. En quoi le fait d’atteindre 60 000 habitants rendra notre ville ­meilleure, plus agréable à vivre? Cet ­objectif résoudra-t-il tous nos problèmes? Oh que non!

Apportons tout de suite une précision. Que Saint-Hyacinthe accueille davantage d’habitants est une bonne chose. On veut tous voir notre ville se développer davantage. Plus de monde signifie plus de clients pour les commerçants, plus de logements loués ou de maisons à construire, bref plus de développement économique.

Par contre, il y a des dangers à croître trop vite. J’ai vu bien des municipalités vivre des crises de croissance, faire face à des problèmes auxquelles elles n’étaient pas préparées. La croissance n’est pas la solution à tous les maux.

M. Corbeil, ce que je n’aime pas avec votre objectif, c’est que vous ne mettez rien en place pour faire face à une telle hausse de population. Par exemple, l’ajout de 5000 personnes à Saint-Hyacinthe aura des conséquences importantes sur la circulation. On sait que ce n’est pas facile par moment de circuler en ville, et pas seulement quand un de nos ponts doit être reconstruit. Faudra-t-il un autre pont ou un autre tunnel sous la voie ferrée? Que prévoyez-vous pour rendre la circulation plus fluide, plus performante?

Quels investissements devra-t-on faire pour donner des services à ces 5000 ­nouveaux habitants? Combien faudra-t-il investir de plus en travaux publics, en ­loisirs ou en culture? Nos terrains de soccer ou notre piscine intérieure seront-ils en mesure d’accueillir 1000 jeunes de plus? Présentement, notre bibliothèque peine à trouver de la place pour tous ses livres.

Malheureusement, votre étude n’en souffle mot. Elle privilégie la voie de ­l’immigration pour augmenter la population. C’est là une avenue remplie de pièges. Je suis très heureux que Saint-Hyacinthe soit une ville ­d’accueil pour les immigrants, car ils ­enrichissent notre milieu. Par contre, une intégration harmonieuse tient sur un fragile ­équilibre. Accueillir davantage d’immigrants peut mettre en danger le consensus social qui existe ­présentement.

M. le maire, ce qui manque le plus à Saint-Hyacinthe, c’est une image de marque. ­Certaines villes misent sur la ­famille, l’environnement ou la qualité de vie. D’autres se veulent festives, branchées, actives. Pour se donner une image de marque, il faut plus qu’une ­publicité insipide qui s’appuie sur des jeux de mots. Il faut investir dans des infrastructures, se donner les moyens de nos ambitions.

Ce qui m’a le plus choqué dans l’article du Courrier du 7 avril, ce fut d’apprendre que le journal avait dû passer par la Loi d’accès à l’information pour obtenir ce fameux rapport. Quoi? Vous voulez ­atteindre cet objectif sans mettre la ­population dans le coup? Sans faire consensus? Désolé, mais vous n’y arriverez jamais de cette façon.

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