22 mars 2012
Olymel défend ses rites musulmans
Par: Jean-Luc Lorry
La totalité de la production de l'usine Olymel de Saint-Damase spécialisée dans l'abattage et la découpe de poulets est halal.

La totalité de la production de l'usine Olymel de Saint-Damase spécialisée dans l'abattage et la découpe de poulets est halal.

La direction de l’entreprise de transformation de viande Olymel dont le siège social est situé à Saint-Hyacinthe s’est retrouvée malgré elle, au coeur d’une controverse lorsque que furent dévoilés publiquement les rites musulmans pratiqués à son usine d’abattage et de découpe de poulets de Saint-Damase.

Au début de chaque journée de travail, un imam (chef de prière musulman) récite une prière en suivant le rituel halal qui signifie « permis » en langue arabe.

La direction d’Olymel assure que cette visite quotidienne est le seul acte religieux pratiqué dans l’usine. Une simple prière suffit pour apposer la certification halal exigée de certains clients. « Le coût de la certification halal est marginal et entièrement assumé par les clients qui nous en font la demande », indique Richard Vigneault, porte-parole d’Olymel. L’usine de Saint-Damase possède la certification halal depuis deux ans. Chaque semaine, entre 600 000 et 700 000 poulets y sont transformés. Richard Vigneault certifie que les animaux sont étourdis électriquement et ensuite saignés mécaniquement. Selon le rite traditionnel halal, il faut que l’animal égorgé ne soit pas préalablement étourdi et que sa tête soit tournée vers La Mecque, le centre fondamental de la vie religieuse musulmane en Arabie Saoudite.« Nous abattons nos volatiles en respectant les règles de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Des inspecteurs visitent en permanence nos usines. Nous suivons une politique très sévère sur le bien-être animal pour lui éviter toute souffrance », assure M. Vigneault.L’abattage d’animaux pratiqué dans certains abattoirs au Québec selon les rites halal s’est transporté sur la scène politique en ébranlant les colonnes du temple péquiste. « Nous réclamons auprès du ministère de l’Agriculture, un portrait complet de l’abattage au Québec et les techniques utilisées. Nous demandons également l’imposition d’une étiquette indiquant si la viande est halal ou kascher (selon les rites de la religion juive) », indique le député de Saint-Hyacinthe Émilien Pelletier, en entrevue au COURRIER.Chez Nutri-Cailles à Sainte-Hélène-de-Bagot, 12?000?volailles sont abattues quotidiennement en respectant le rituel halal. L’entreprise va jusqu’à employer un boucher musulman pour saigner les volatiles.

Pelletier critique

Catholique pratiquant, M. Pelletier juge sévèrement cet accommodement « déraisonnable » accordé par Olymel à la communauté musulmane.

« Est-ce respecter les valeurs des Québécois lorsqu’on envoie à notre insu un imam réciter une prière dans un abattoir? Si les musulmans apprenaient qu’un curé bénit tous les jours la viande à l’usine Olymel de Saint-Damase, je serais curieux de voir leur réaction », indique un brin amer le député péquiste. Émilien Pelletier estime que tous les poulets qui quittent cette usine devraient porter la mention « halal ». « Je considère anormal que seule la viande vendue à une clientèle musulmane porte une étiquette spécifique. Le fait de profiter de l’ignorance des Québécois sur l’application de rites religieux à des fins commerciales me met mal à l’aise ».Olymel exporte ses poulets certifiés halal principalement à Cuba, en Afrique du Sud, aux Philippines et à Taïwan. Sa seconde usine de transformation de poulets située à Berthierville, qui elle n’est pas certifiée halal, assure une production de plus de 900 000 volailles à une cadence hebdomadaire.

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