11 juillet 2019
Industrie porcine
Olymel officialise l’acquisition de F. Ménard
Par: Jean-Luc Lorry

Réjean Nadeau, président-directeur général d’Olymel. Photothèque | Le Courrier ©

Luc Ménard, directeur général de F. Ménard. Photothèque | Le Courrier ©

Le marché du porc est en pleine consolidation au Québec. Le principal joueur de cette industrie, le transformateur de viande Olymel, a confirmé mardi la conclusion d’une entente en vue d’acquérir tous les actifs de l’entreprise F. Ménard dans le secteur du porc et des meuneries. Cet intégrateur présent de la naissance du cochon à l’assiette officie dans le domaine depuis 1961.

Cette annonce majeure dans le milieu agroalimentaire avait fait l’objet de rumeurs en octobre qui n’ont jamais été démenties par les principaux intéressés.

LE COURRIER avait appris que c’est l’entreprise F. Ménard qui avait initié les démarches afin de procéder à la mise en vente de ses actifs en lien avec l’industrie porcine auprès d’acheteurs potentiels. Au moins trois entreprises avaient manifesté leur intérêt, dont Olymel qui avait été retenue au terme de l’exercice.

En acquérant F. Ménard, Olymel met la main sur de nombreux actifs englobant principalement 300 fermes porcines (opérant sur le modèle intégré), une usine d’abattage, de découpe et de désossage située à Ange-Gardien, un établissement à Saint-Jean-sur-Richelieu ainsi que des installations spécialisées dans la production de bacon à Henryville. Sur le plan agricole, l’intégrateur d’Ange-Gardien cultive 2040 hectares pour répondre à ses besoins.

Au chapitre de la main-d’œuvre, les quelque 1200 travailleurs à l’emploi de F. Ménard se grefferont aux 13 000 employés d’Olymel.

Dans son communiqué, F. Ménard annonce une production annuelle de plus de 1,1 million de porcs, ce qui représente plus de 15 % de l’ensemble de la production au Québec.

Cette transaction, dont le montant n’a pas été divulgué, implique La Coop fédérée, qui est la plus importante entreprise agroalimentaire au Québec, et ses divisions viandes (Olymel) et agricole (Sollio Agriculture). Les parties attendent maintenant l’approbation du Bureau de la concurrence.

Les activités menées pas F. Ménard en lien avec le secteur de la volaille ne sont pas incluent dans la transaction.

« Grâce à cette acquisition, Olymel franchit une nouvelle étape dans sa croissance. Je vois cette transaction comme l’union de deux entreprises passionnées, unissant leurs forces pour mieux affronter une compétition de plus en plus vive, notamment sur les marchés internationaux », a commenté par voie de communiqué Réjean Nadeau, président-directeur général d’Olymel.

« Le choix d’un acheteur canadien comme La Coop fédérée et ses divisions Olymel et Sollio Agriculture s’est imposé comme un choix d’avenir. Il s’agit en effet d’un acheteur qui, tout en disposant de racines profondes au Québec, jouit d’une présence de plus en plus importante au Canada et offre une expérience unique des rouages de la transformation agroalimentaire et de ses marchés, ici et dans le monde », de compléter Luc Ménard, directeur général de l’entreprise F. Ménard.

Acquisition de meuneries

En plus des actifs en lien avec le secteur porcin, Olymel met aussi la main sur deux meuneries situées à Saint-Pie et à Ange-Gardien disposant d’une capacité de production totalisant 500 000 tonnes métriques. L’entreprise produit sa propre moulée dans une proportion de 80 %.

Dans ce domaine, F. Ménard vise la construction d’une nouvelle meunerie sur des terres agricoles que l’entreprise possède à Saint-Dominique.

Pour concrétiser ce projet évalué à 50 M$, l’intégrateur s’est adressé à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). Après avoir qualifié ce projet commercial de nuisible à l’agriculture, la CPTAQ s’est ravisée en modifiant favorablement l’orientation préliminaire.

Le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault, n’a pas souhaité commenter ce dossier avant que la transaction soit finalisée.

Les éleveurs protégés

Le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, ne croit pas que la future position de quasi-monopole d’Olymel dans le secteur porcin risque de nuire aux éleveurs.

« La mise en marché collective permettant un prix de vente conventionné permet à l’éleveur de choisir son modèle d’affaires, c’est-à-dire soit être à son compte ou être intégré à un transformateur », indique en entrevue au COURRIER David Duval.

Celui-ci voit cette acquisition comme une logique dans un marché qui se consolide au fil des années.

« Sur la scène internationale, plusieurs transformateurs de viande s’associent. Olymel se place maintenant en position de force au Canada », considère M. Duval.

Selon lui, la demande grandissante en volume de viande de certains pays devrait favoriser Olymel qui disposera d’une production plus importante face à la concurrence.

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