25 octobre 2018
Olymel se prépare à avaler F. Ménard
Par: Jean-Luc Lorry
Luc Ménard, directeur général de F. Ménard.  Photothèque | Le Courrier ©

Luc Ménard, directeur général de F. Ménard. Photothèque | Le Courrier ©

David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec. Photothèque | Le Courrier ©

David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec. Photothèque | Le Courrier ©

Le géant québécois de la transformation de viande Olymel, dont le siège social est à Saint-Hyacinthe, se prépare à avaler son principal concurrent dans la province, l’intégrateur en production porcine F. Ménard, basé à Ange-Gardien.

Selon nos sources, Olymel serait en mesure de concrétiser cette transaction majeure dans l’industrie du porc au pays d’ici la fin de l’année.

Dernièrement, le site Agro-Québec a fait état de cette acquisition via le blogue de Lionel Levac, un journaliste spécialisé dans le secteur agroalimentaire. Selon M. Levac, la transaction dépasserait le milliard de dollars.

Sur ce dossier visiblement sensible, les porte-paroles des deux entreprises concernées n’ont pas confirmé ni nié la nouvelle.

« Nous ne commenterons pas les rumeurs d’Agro-Québec ou de qui que ce soit », a indiqué brièvement au COURRIER Richard Vigneault, responsable des communications corporatives chez Olymel. « L’entreprise ne fera aucun commentaire sur des rumeurs », a répondu par courriel Audrey Rodrigue, conseillère communication et marketing chez F. Ménard.

LE COURRIER a toutefois appris que c’est l’entreprise F. Ménard qui aurait initié les démarches afin de procéder à la mise en vente de l’ensemble de ses actifs auprès d’acheteurs potentiels. Au moins trois entreprises se seraient manifestées et, du lot, l’offre d’Olymel aurait été retenue. La transaction serait à l’étape de la vérification diligente.

Chez Les éleveurs de porcs du Québec, une organisation affiliée à l’UPA, on a tenté en vain de se faire confirmer cette transaction. « Les deux entreprises n’ont pas voulu répondre à nos questions. La consolidation d’Olymel est dans l’air du temps. C’est une rumeur qui ne s’estompera pas », indique au COURRIER David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec.

Le regroupement de ces deux entreprises changera assurément le portrait de la production porcine québécoise. Fondée en 1961, F. Ménard compte environ 1000 employés et transige avec 250 éleveurs-associés.

L’entreprise produit annuellement 1,1 million de porcs. Ce transformateur qui est propriétaire de l’ensemble de la chaîne de production gère des maternités, des pouponnières ainsi que des sites d’engraissements.

Cette transaction représenterait aussi un point d’orgue pour Olymel qui enchaîne ces dernières années les acquisitions. Depuis 2015, l’entreprise a investi plus de 800 M$ dans sa croissance.

En juin 2018, Olymel a mis la main sur Pinty’s Delicious Foods, une entreprise ontarienne d’abattage et de transformation de volailles. Le même mois, Olymel annonçait l’acquisition d’Aliments Triomphe et de ses marques de commerce dont Tour Eiffel, Chef Georges, La Belle Bretagne et La Mère Poule.

Olymel, qui appartient à la Coop fédérée, une coopérative de producteurs agricoles du Québec, aura ainsi une nouvelle corde à son arc en devenant intégrateur.

Le manque de porcs au Québec peut expliquer la volonté d’Olymel de mettre la main sur F. Ménard. « Depuis 2009, on manque de porcs au Québec en raison du manque de liquidités des éleveurs. Les transformateurs ont dû se tourner vers l’Ontario pour leur approvisionnement », souligne David Duval.

Situation de monopole?

L’acquisition de F. Ménard par Olymel ne devrait pas poser de problème en matière de monopole.

« La consolidation du marché du porc est une composante inévitable. Il faut des entreprises ayant les reins assez solides pour compétitionner avec les gros joueurs basés aux États-Unis, au Danemark ou en Espagne », considère M. Duval.

Interrogé sur le dossier, Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’école de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières, voit plutôt un monopole d’Olymel sur les tablettes des épiceries.

« Il pourrait y avoir un problème avec les ententes signées avec les distributeurs. Les multinationales payent très cher pour que leurs produits soient placés bien en vue des consommateurs », estime M. Laurin.

Selon lui, une telle acquisition représente principalement un enjeu pour l’exportation. « Ce processus de consolidation est réalisé dans une optique de croissance », mentionne le professeur.

En 2019, l’industrie de la transformation porcine au Québec a de fortes chances de se retrouver entre les mains de trois entreprises majeures, soit Olymel, Les Viandes DuBreton et Aliments Asta.

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