30 avril 2020
Centre des arts Juliette-Lassonde
« On est dans le brouillard total »
Par: Maxime Prévost Durand

Le directeur général du Centre des arts Juliette-Lassonde, Jean-Sylvain Bourdelais. Photothèque | Le Courrier ©

Il semble encore bien loin le jour où les salles de spectacle pourront rouvrir leurs portes au public. Mais pour l’instant, aucune nouvelle directive ne leur a été donnée pour ce qui se déroulera au-delà du 4 mai, date jusqu’à laquelle elles étaient mises à l’arrêt. « On est dans le brouillard total », déplore le directeur général du Centre des arts Juliette-Lassonde, Jean-Sylvain Bourdelais.

Publicité
Activer le son

Une seule allusion sur le sujet a été faite par le premier ministre François Legault, mardi, dans le premier chapitre de son plan de relance économique. « De façon générale, quand il y a des rassemblements, que ce soit dans un resto ou pour un spectacle, on n’est pas rendus là pour l’instant, a-t-il mentionné. On pense que ce n’est pas une bonne idée de rouvrir ça dans un avenir prévisible. »

On en comprend donc que tous les spectacles seront suspendus jusqu’à nouvel ordre. Mais ce flou laissé en suspens vient coincer les diffuseurs, décrie Jean-Sylvain Bourdelais, dont le point de vue rejoint celui du Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (RIDEAU).

Le DG du Centre des arts Juliette-Lassonde explique qu’une date précise est nécessaire pour que la clause de force majeure puisse être utilisée en lien avec les ententes déjà signées avec les producteurs et les artistes. Une question purement juridique et légale, mais nécessaire pour les diffuseurs.

« C’est tellement n’importe quoi, s’est-il insurgé en entrevue au COURRIER, mardi après-midi. Pour nous, c’est important d’avoir une directive claire du ministère, mais en ce moment on sait juste que ce sera jusqu’à nouvel ordre et on ne peut pas s’appuyer là-dessus. »

Il ne s’attendait évidemment pas à ce que les salles ouvrent le 4 mai. Même qu’il se demande si les spectacles pourront reprendre d’ici l’automne, voire même d’ici la fin de l’année. Mais il croyait néanmoins qu’une nouvelle date provisoire de réouverture allait être fixée, comme cela avait été fait dans un premier temps jusqu’au 12 avril, avant d’être prolongé jusqu’au 4 mai. « Je m’attends maintenant à ce que le ministère sorte de quoi juste avant la fin de semaine… », laisse-t-il tomber au bout du fil.

Pas de spectacles d’ici septembre?

L’interdiction de tenir des événements culturels jusqu’au 31 août au Québec a d’abord fait croire que tous les spectacles, autant sur les scènes extérieures qu’en salle, étaient touchés. Mais les salles de spectacles ont appris par la suite qu’elles n’étaient pas incluses dans cette mesure. Un jeu de yo-yo qui a eu plus de négatif que de positif pour les diffuseurs, estime Jean-Sylvain Bourdelais

« Ça nous a nui. Au départ, pour nous, c’était clair que ça nous concernait [l’interdiction en vigueur jusqu’à la fin août]. Mais après, on nous dit que non, ça ne nous touche pas. »

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il y aura des spectacles en salle d’ici la fin de l’été. « Il y a deux semaines, RIDEAU voulait recommander à ses membres de ne pas faire de spectacles jusqu’au 31 août en raison de la complexité que ça représente en ce moment et le fait que les gens n’ont pas la tête à acheter un billet présentement », indique M. Bourdelais. Cela ne s’est toutefois pas concrétisé et les diffuseurs attendent plutôt les prochaines directives gouvernementales.

Plusieurs mesures devront évidemment être prises lorsque les spectacles pourront reprendre, mais on ignore pour l’instant en quoi elles consisteront exactement.

« Si on veut respecter la distance de deux mètres, ça veut dire qu’on ne pourrait pas rentrer plus de 76 personnes dans la salle Desjardins, qui peut accueillir habituellement 700 personnes », fait valoir le DG du Centre des arts, conscient que le modèle d’affaires devra être revu pendant quelques mois.

Détenteurs de billets, patience

Pour ce qui est des détenteurs de billets, dont les spectacles ont été reportés ou sont en suspens, la patience sera de mise. Même chose pour ceux qui devaient assister à un spectacle dans les prochaines semaines.

« On est pris dans un étau, tant qu’on n’a pas de directives claires du ministère et tant qu’on ne peut pas retourner au Centre des arts pour gérer tout ça », mentionne Jean-Sylvain Bourdelais. Il soutient que plus de 6800 clients devront être contactés en lien avec les spectacles de mars et avril qui n’ont pas eu lieu.

Pour ceux qui avaient des billets en leur possession, une foire aux questions a été publiée sur le site du Centre des arts Juliette-Lassonde, indiquant la procédure à suivre à ce stade de la crise.

image