24 juillet 2014
Le bail de la centrale
« On était cassé comme des clous » – Bernard Barré
Par: Le Courrier

Pour la Ville de Saint-Hyacinthe, la firme Boralex arrivait à point en 1992 avec son projet de centrale hydroélectrique au barrage Penman’s, un ouvrage qui nécessitait alors d’importantes réparations. Afin de réduire ses dépenses, elle était prête aux concessions.

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« À l’époque, on traînait une dette de 78 millions $, on était cassé comme des clous et quand t’as pas une cenne dans tes poches, tu ne réfléchis pas de la même manière. Eux, ils arrivaient avec leur projet et ils nous ont dit : on s’installe et on va vous le réparer votre barrage », raconte le conseiller du district La Providence, Bernard Barré. Il rappelle qu’au printemps 1992, ce sont des travaux de réfection du barrage évalués à un peu plus de 1 million $ qui étaient sur la planche, une dépense qui a pu être réduite à 483 000 $ grâce au projet de la centrale.

Lui qui siégeait déjà au conseil municipal en 1992 est le seul du groupe d’élus actuel à avoir pris part à la décision qui a permis à Boralex de lancer son projet, un an plus tard.L’entente signée le 16 juin 1992 portait sur le partage des frais de réparation du barrage avec le locataire, le tout en échange d’un bail de 25 ans, renouvelable, pour son utilisation à des fins de production d’électricité au barrage. C’est finalement une location de 20 ans, renouvelable sur simple demande du promoteur, qui a été consentie à Boralex (voir autre texte).Selon toute vraisemblance, la possibilité que le bail soit prolongé pour une deuxième période de 20 ans n’a jamais été évoquée par les promoteurs au cours de la séance d’information qu’ils ont donnée sur leur projet le 10 août 1993, à la salle des Arts de l’hôtel de ville. « Moi, je le savais, j’avais vu l’entente et mon comité de quartier était au courant. Mais ce n’était pas à moi à me lever et à partir avec la fanfare là-dessus. André Benoit était là et il a bien expliqué le projet, il a été convaincant », relate Bernard Barré.Même s’il croit que la Ville a agi correctement dans ce dossier, il ne perçoit plus les choses de la même manière aujourd’hui. « Si c’était à recommencer, je ne m’embarquerais pas là-dedans, vu tout le trouble que ça nous a donné par rapport à ce que ça a rapporté. »Au cours de l’été 2001, alors que la Yamaska n’était plus qu’un filet d’eau, la Ville avait signé une entente avec Algonquin pour que les turbines soient stoppées du 16 juillet au 15 septembre, ce qui l’avait privée d’une redevance de 13 354 $. En outre, la Ville avait assumé les frais d’installation du mécanisme automatique de blocage de l’échancrure (environ 12 000 $).Bernard Barré affirme que par la suite, il a toujours surveillé le niveau d’eau dans la rivière avec le directeur du service du Génie, Pierre Gabrielli, et maintenu le contact avec Algonquin Power. « L’arrêt des turbines, c’était moi. Après, on a toujours gardé de bonnes relations avec eux et on n’a jamais eu de trouble. »Après l’été 2001, la Ville a paraphé cinq autres ententes avec Algonquin Power au sujet du débit d’eau de la rivière Yamaska. Ces accords, qui ont couvert toute la période 2002-2013, devaient garantir le maintien d’un débit réservé à la rivière de 7 m 3 /s. Mais en réalité, Algonquin n’était tenue de modifier ses opérations de turbinage que du 15 juillet au 15 septembre. En 2006 toutefois, les parties se sont entendues pour que cette période de restriction soit allongée et aille du 1 er juillet au 15 septembre de chaque année. Le respect de ces conditions qui n’existaient pas dans l’entente notariée de 1993 occasionne à Algonquin des pertes monétaires que la Ville compense.« La Ville s’engage à créditer toutes les pertes de revenus nettes, et ce, jusqu’à concurrence du montant de la redevance qu’Algonquin verse à la Ville pour l’année fiscale dans la période comprise entre les mois de juin et de mai de l’année précédente », précisent l’entente de mai 2003 et les suivantes.C’est donc dire que la somme des redevances qu’Algonquin a versée à la Ville – 243 709 $ au total, ou 12 185 $ par année, en moyenne – n’atteint pas 3 % de tous les revenus bruts que la firme a réalisés ces 20 dernières années. C’est la base de calcul des redevances qui apparaît dans l’entente de 1993, maintenant renouvelée pour 20 ans.

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