30 juillet 2020
Dossier Exceldor et CPTAQ
Oubliez le décret
Par: Martin Bourassa

Il y a encore beaucoup à dire dans le dossier des démarches entreprises par la Ville de Saint-Hyacinthe et la MRC des Maskoutains devant la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) afin de permettre l’agrandissement du parc Olivier-Chalifoux en terres agricoles. Ultimement, c’est sur cet espace que doit s’installer le nouvel abattoir de la coopérative agricole Exceldor.

Publicité
Activer le son

Comme je le commentais dans cette même colonne la semaine dernière, le refus préliminaire de la CPTAQ est certainement annonciateur d’une très mauvaise nouvelle pour la technopole agroalimentaire du Québec. Elle risque de voir s’évaporer un investissement potentiel de 200 M$ et environ 600 emplois.

Mais curieusement, l’optimisme semble toujours au rendez-vous du côté de la Ville de Saint-Hyacinthe et d’Exceldor. C’est à se demander s’ils ont bien pris la peine de lire l’orientation préliminaire assassine des commissaires. Dans nos pages, le président-directeur général de la coopérative avicole a même parlé d’une orientation « très surprenante et décevante. » En ce qui me concerne, ces qualificatifs collent davantage à la demande faite par la MRC des Maskoutains au nom de la Ville de Saint-Hyacinthe, qui avant elle avait mordu la poussière devant la CPTAQ.

Les représentants de la MRC ont présenté essentiellement la même demande et servi les mêmes arguments aux commissaires qu’à la première occasion. C’est à peine si on a mis de l’avant et insisté sur les démarches faites par la Ville de Saint-Hyacinthe au cours des derniers mois pour s’assurer que le territoire agricole ne souffre pas d’une décision favorable de la CPTAQ dans ce dossier. En s’engageant à renoncer à développer des terres et en les offrant par baux au Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe et à l’ITA, la Ville a fait en sorte que le territoire agricole soit plus vaste dans la ville-centre au terme du processus qui devait permettre le dézonage de 23,64 hectares, dont 17 hectares doivent servir à l’usine d’Exceldor. Cet aspect n’a été qu’à peine effleuré dans la demande de la MRC des Maskoutains. Incompréhensible.

Bien entendu, la MRC va faire valoir ses arguments en audience publique pour répondre à l’orientation négative de la CPTAQ. On lui souhaite bonne chance. Elle n’a pas le choix de tout tenter vu l’enjeu. Il lui faudra épuiser tous ses recours.

C’est ici qu’entrent en scène la députée Chantal Soucy et le gouvernement du Québec. Au final, le gouvernement caquiste aurait le pouvoir de court-circuiter la CPTAQ et d’imposer par décret gouvernemental le dézonage des terres agricoles convoitées. C’est possible, mais peu fréquent. En procédant ainsi, il y a toujours un prix politique à payer et nous n’avons pas l’impression que le gouvernement Legault soit très emballé à l’idée de le payer. Mme Soucy a aussi indiqué clairement que cette stratégie avait peu de chance de réussir, puisqu’on lui donnait bien peu d’armes et d’arguments pour aller à la guerre.

Mais en bonne politicienne, elle devra elle aussi épuiser toutes ses munitions et démontrer qu’elle a fait tout en son pouvoir pour retenir Exceldor dans la MRC. À part de belles paroles, Exceldor n’a pas donné l’impression d’avoir remué ciel et terre jusqu’ici pour assurer son avenir à Saint-Hyacinthe ou dans la MRC. L’impression qui s’en dégage c’est que toutes les dépenses sont assumées par la municipalité. Le conseil d’administration et les producteurs membres de la coopérative sont également bien silencieux.

Craignent-ils tous de déplaire à leur union syndicale qui s’oppose avec force au dézonage de ces précieuses terres?

On raconte aussi entre les branches qu’Exceldor aurait déjà un plan B dans la manche si jamais Saint-Hyacinthe échoue dans sa tentative de lui fournir un terrain. Un plan B qui pourrait l’inciter à s’établir dans la région de Drummondville et le comté de Johnson représenté par l’actuel ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. Une autre raison pour ne pas attendre après un décret gouvernemental. Car pour une Chantal Soucy qui pleurera toutes les larmes de son corps sur le départ d’Exceldor, il y aura au sein de son gouvernement un député ou peut-être bien un ministre qui se frottera les mains de satisfaction.

Ce ne sont que des rumeurs tenaces, mais sont-elles si farfelues pour autant?

image