29 octobre 2020
Forum
Parc Les Salines : un nouveau voisin dérangeant autorisé par nos élus municipaux
Par: Le Courrier

Nous sommes nombreux à fréquenter Les Salines, particulièrement en ces temps pandémiques. La popularité du seul grand poumon vert maskoutain ne se dément pas et le stationnement débordant régulièrement le prouve; les usagers de ce grand parc se comptent par milliers.

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Mon sentier de marche préféré, c’est celui qui fait 4,2 kilomètres, dont le parcours longe en partie la cour arrière des entreprises de la rue Duplessis du parc industriel Théo-Phénix. À ce point de mon trajet, chaque fois que j’y marche, impossible de me tromper sur où je suis : la végétation est perpétuellement recouverte d’une couche de poussière, causée par l’activité industrielle toute proche. Quant au bruit industriel, il est lui aussi toujours présent, couvrant ceux plus discrets de la nature enclavée. Bientôt, un va-et-vient de camions matin et soir s’ajoutera à l’ambiance sonore près de cette ligne de démarcation entre la nature et le parc industriel.

Or, la Ville de Saint-Hyacinthe était consciente du délicat équilibre à atteindre entre les deux grands voisins que sont le parc Les Salines et le parc industriel, qui ont des vocations très différentes. À preuve, le règlement d’urbanisme qui s’applique aux entreprises qui ont pignon sur rue Duplessis et qui se trouvent à avoir leur cour arrière frontalière avec le parc Les Salines interdit les activités de nature industrielle à incidence forte, contrairement à ce qui est permis sur d’autres rues du même parc industriel. En termes clairs, des entreprises trop bruyantes et polluantes le long du parc Les Salines, ce n’était pas permis. Et comme citoyenne et usagère fréquente du parc, je m’explique fort bien la logique dudit règlement d’urbanisme.

Cependant, nos élus ont décidé d’autoriser une brèche dans ce règlement d’urbanisme, et ce, de manière très peu transparente, pour ne pas dire opaque. Lors du conseil municipal du 19 octobre, Linda Roy, conseillère du district Saint-Thomas d’Aquin, ne prend même pas la peine de lire la première page qui contextualise ce qui sera adopté et qui pourrait peut-être permettre à ses concitoyens de comprendre de quoi il est question. Je la cite, à la fin de la 38e minute de la séance enregistrée du conseil : « Monsieur le maire, je vais passer quelques énoncés et je vais y aller avec plutôt ceci ». Les « quelques énoncés passés » et le « ceci » veulent dire quoi pour le commun des mortels, qui n’est pas rompu au langage politique municipal? Jamais la conseillère ni le maire ne l’expliquent dans les deux seules minutes dévolues au dossier. Pourtant, le sujet mérite éclairage.

Une activité industrielle à incidence forte adossée au parc Les Salines

L’entreprise JMV Environnement a décidé d’acquérir un nouvel emplacement dans le parc industriel Théo-Phénix, situé au 7600, rue Duplessis. Sa nouvelle cour arrière sera donc frontalière avec le parc Les Salines. La compagnie y concentrera ses activités liées au déneigement, au transport par camion, à leur entretien et entreposage de même qu’à l’entretien d’équipements hydrauliques, des usages considérés à incidence forte, donc contrevenant au règlement d’urbanisme.

La Ville a choisi de traiter ce dossier comme un « projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble », un PPCMOI dans le jargon. Dans le langage de tous les jours, il s’agit d’étudier si l’on accordera, oui ou non, une dérogation, une exception à la pièce, alors que le règlement de l’urbanisme qui prévaut l’interdit.

En plus de la modification souhaitée au règlement d’urbanisme, on comprend, à la lecture du document de présentation préparé par la Ville et disponible sur son site web, que l’entreprise en question ajoute un nouveau type d’activité industrielle, soit du « transbordement de matières résiduelles » – lire du transport de déchets – sur un autre site. Est-ce à dire que Saint-Hyacinthe, par l’entremise de son centre de transbordement situé dans le parc industriel, verra arriver des déchets transportés dans un premier temps dans des wagons sur rail, puis chargés dans les camions de JMV Environnement par la suite? Si c’est bien le cas, quel type de matières résiduelles seront chargées? D’où proviennent ces déchets et où iront-ils? Dans notre parc industriel ou ailleurs? Beaucoup de questions, aucune réponse jusqu’ici de mon administration municipale.

Le choix de nos élus municipaux : l’écoblanchiment ou le « greenwashing »

Le 19 octobre, nos élus ont fait le choix de changer un règlement d’urbanisme plus contraignant sur le plan environnemental pour accommoder une entreprise et laisser sur la touche des milliers d’usagers du parc Les Salines, qui ne sont, pour la vaste majorité, même pas au courant du dossier. Pour éviter de prendre le blâme et dorer la pilule, la Ville nous sert un exemple éloquent d’écoblanchiment, ou si vous préférez, de mascarade écologique.

Dans le but de légitimer une activité industrielle à incidence forte, une clôture acoustique de huit pieds de haut sera installée, le long de la ligne de la cour arrière de l’entreprise, pour atténuer la pollution sonore. Sauf que la seule magie de cet écran végétalisé ne règlera pas tout : une flotte de camions ne demeure pas immobile, elle roule! Lorsque je lis la définition d’écoblanchiment et que j’y retrouve ceci : « l’utilisation fallacieuse d’arguments faisant état de bonnes pratiques écologiques dans des opérations de communication pour tenter de présenter un caractère écoresponsable », ça me semble faire comme un gant à ce dossier.

A fortiori, qu’est-ce qui empêchera, dans le futur, les entreprises voisines de JMV Environnement, elles aussi le long de la clôture du parc Les Salines, de réclamer le même type de dérogation que celle octroyée à leur consœur du 7600 Duplessis? Bien sûr, la Ville étudie avec soin chaque demande individuellement, mais une fois le précédent créé et l’incidence forte de la nature industrielle de l’activité avalisée, difficile de revenir en arrière.

Des options citoyennes pour comprendre et se faire entendre?

Et si, à la lecture de ce texte, dans un souci de protection et de préservation du parc Les Salines et de sa quiétude, des citoyens maskoutains voulaient s’opposer à cette modification entérinée par le conseil municipal, ils mordront la poussière. Aucune demeure résidentielle ne sort de terre dans la zone autorisée à initier un processus référendaire, il ne s’agit que des voisins industriels immédiats. À mon grand étonnement, même les résidents de l’avenue de la Coulée, voisins du parc Les Salines, sont exclus de la zone qui rend possible une telle contestation.

Personnellement, je n’ai encore jamais vu des personnes morales et des compagnies à numéro demander l’ouverture d’un registre et initier un processus référendaire. Cela se fait toujours à l’initiative citoyenne. Cependant, réserver cette seule possibilité à des résidents [sic] d’un parc industriel, c’est d’une efficacité expresse pour adopter ce que l’on veut sans s’enfarger dans les fleurs du tapis.

Pour la prise en compte de l’avis des usagers du parc Les Salines, pour l’écoute citoyenne et la transparence de la gouverne municipale, on repassera. Décidément, force est de constater que c’est une navrante habitude du conseil. Pour faire entendre des voix citoyennes, il n’y a que le canal des consultations écrites sur ce projet qui est ouvert, où tous peuvent acheminer des questions au conseil, jusqu’au 6 novembre, via le site web de la Ville. À vos plumes et claviers! Pour Les Salines!

Marijo Demers, Saint-Hyacinthe

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