7 février 2013
Carte postale d’André Martin
Partie de chasse au Kirghizstan
Par: Le Courrier

Il existe bien toutes sortes de voyageurs et toutes sortes de voyages. Certains, plus originaux que d’autres, sont taillés sur mesure pour faire vivre des expériences uniques. Ce sont ceux-là qui intéressent André Martin, nouveau retraité, converti en agent de voyage et en grand voyageur qui s’est proposé de nous raconter sa dernière expédition de chasse. À dos de cheval. Au Kirghizstan.

Publicité
Activer le son

André Martin a choisi de profiter de sa retraite comme d’une deuxième vie. Après 32 ans à travailler au bureau de poste de Saint-Hyacinthe, il a décidé de suivre une formation spécialisée dans l’industrie du voyage pour développer de nouvelles offres, notamment auprès de l’agence maskoutaine Boislard Poirier.

« La retraite, ça ne veut pas dire qu’on ne fait plus rien. Ça veut dire qu’on fait ce qu’on veut! », lance-t-il tout sourire. « Moi, je veux voyager et faire voyager les gens. Je ne dirai pas « j’aurais donc dû » quand mon corps ne suivra plus. » Depuis déjà plusieurs mois, il met sur pied des séjours thématiques en Afrique du Sud. Golf, safari photo, séjours à vélo, route des vins : M. Martin souhaite offrir des expériences exclusives à prix abordables. « Désormais, l’Afrique du Sud est accessible à un prix raisonnable, tout comme la chasse à l’étranger », fait-il remarquer. Et c’est justement dans des voyages de chasse à l’étranger qu’il s’est lui-même embarqué à deux reprises, d’abord en Afrique du Sud au printemps 2011, puis au Kirghizstan, l’automne dernier. « De nos jours, ça peut coûter 6 000 $ à 8 000 $ aller chasser le Wapiti dans l’Ouest canadien. Ça coûte la même chose aller en Afrique du Sud ou au Kirghizstan! » Autant joindre la chasse à l’agréable et découvrir une culture du même coup, argumente M. Martin. Soit. Direction Kirghizstan.

La vie nomade

Tout au sud de l’ex Union soviétique, le Kirghizstan partage ses frontières avec le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et la Chine. Ici, pas de gratte-ciels, mais de très hautes montagnes. En région rurale, les familles vivent de l’élevage de moutons et du bétail. La plupart sont encore aujourd’hui nomades, allant de yourte en yourte au fil des saisons.

C’est dans cet univers particulier qu’a été plongé M. Martin, son groupe de chasseurs et les guides qui les accompagnaient. Accueilli dans une yourte familiale, il a pris toute la mesure des traditions et de la culture qui habitent les Kirghizes en plus de partager avec eux leur passion pour les chevaux. « Avant de partir, je savais qu’on ferait de 7 h à 8 h à cheval par jour, alors j’ai pris des cours intensifs d’équitation à l’écurie L’Escapade, à Saint-Hyacinthe, pour bien comprendre le comportement des chevaux et apprendre les techniques pour monter et descendre des pentes en montagne. Je n’y connaissais pas grand-chose, mais je suis rapidement devenu un passionné. » La race de chevaux qu’a pu monter M. Martin au Kirghizstan en est d’ailleurs une bien particulière, développée durant la Guerre froide par l’armée soviétique pour se battre et transporter du matériel en haute altitude. « Ce sont des cheveux assez petits, mais costauds. Ils peuvent transporter plus de la moitié de leur poids sur leur dos, dans des conditions très difficiles. On a grimpé et descendu des pentes à 70 degrés d’inclinaison dans la neige et les chevaux de bronchaient pas. Ce sont des bêtes incroyables. Aucun véhicule n’aurait pu nous transporter dans les mêmes conditions. » Les qualités des chevaux sont d’autant plus phénoménales à cette altitude (entre 3 000 et 4 000 mètres) où l’oxygène se fait rare. Même si M. Martin s’est bien acclimaté à ces conditions extrêmes, il était heureux de pouvoir compter sur l’animal pour le porter. « Lorsque nous devions marcher, même sur une courte distance, on avait l’impression d’avoir couru un sprint », raconte-t-il. Heureusement, les chasseurs et leurs guides pouvaient compter sur de bons repas à leur retour à la yourte familiale pour reprendre de l’énergie après les longues journées de chasse. « Les yourtes, ce n’est vraiment pas le luxe. On peut comparer ça à du camping. Mais les repas étaient très bons. Ils se composent surtout de viandes bouillies de chèvre ou de mouton. » Et il y avait aussi, matin, midi et soir, ces pauses « vivat », legs obligé de l’époque soviétique, pour lever un petit verre de vodka. « La première fois qu’ils nous ont dit « vivat, vivat », on roulait sur l’autoroute pour se rendre vers les montagnes. Les guides se sont arrêtés sur le bord, nous ont servi une gorgée de vodka, puis ils ont repris la route. Sur le coup, ça surprend, mais on s’habitue assez vite! », raconte M. Martin en riant. Et la chasse? Tous les chasseurs ont pu abattre un ibex d’Asie centrale, une sorte de chèvre sauvage. Ils ont d’ailleurs ramené leurs trophées au pays. La viande a pour sa part été offerte aux familles qui ont accueilli les chasseurs. « La chasse dans les montagnes, où il n’y a aucun arbre en raison de l’altitude est bien différente de la chasse au Québec. Nous utilisons des armes qui permettent d’atteindre des cibles plus éloignées. Et puis, il n’y a pas de camouflage. C’est en nous déplaçant que nous dirigeons les ibex vers un endroit propice pour les chasser. » Avec les montagnes du Tianshan comme terrain de jeu du lever au coucher du soleil, le chasseur revient au Québec avec des souvenirs qu’il n’est pas près d’oublier. « Voir le soleil se lever sur la Chine alors qu’on est au sommet d’une chaîne de montagnes, c’est magnifique. Le paysage est époustouflant. Je suis heureux d’avoir vu ça dans ma vie. »

image