4 octobre 2012
Carte postale de Michel Filion
Pas de lamas à Lima
Par: Le Courrier

Ce qui fait la richesse du Pérou d’aujourd’hui n’est plus l’or brossé d’autrefois. En 2012, on mise plutôt sur l’or noir pour accéder au rang de pays développé. Aujourd’hui, ce n’est pas le Pérou… Mais presque!

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C’est ce à quoi travaille activement le Maskoutain Michel Filion. Toujours résident de Saint-Hyacinthe, le consultant spécialisé en gestion de l’état se promène à travers le monde pour agir à titre de conseiller auprès des gouvernements.

Dans le nord du Pérou, où il intervient actuellement, la croissance du budget oscille autour de 20 % annuellement, principalement en raison de l’extraction du pétrole. « Le Pérou est encore un pays sous-développé. S’il gère bien l’essor actuel, ce sera un pays développé dans dix ans. Mon travail, c’est de collaborer avec les gouvernements pour gérer ce développement rapide. C’est un peu comme montrer le chemin. » M. Filion a fait ses premières armes en matière de gestion publique comme attaché politique de l’ex-député de Saint-Hyacinthe, Léandre Dion, puis de Pauline Marois, à l’époque où elle était ministre des Finances. « Lorsque le Parti québécois a perdu ses élections en 2003, j’ai pris un peu de recul et je me suis posé des questions. Quand on est dans la machine, on comprend ce qu’on fait, mais on n’a pas pleinement conscience de ce que ça donne sur le terrain, de ce que ça change concrètement », explique M. Filion. Sa curiosité l’aura mené loin. Doctorant en sciences politiques, il a déjà offert ses conseils à des gouvernements dans plus de 30 pays depuis 2005. Et c’est à Lima qu’il a choisi d’installer son seul pied-à-terre en dehors de Saint-Hyacinthe.

Les traces de l’histoire

Au XVI e siècle, le Pérou était le plus riche pays de la planète. Son or et ses trésors Incas l’ont canonisé dans l’imaginaire, d’où l’expression familière d’ailleurs. Si ce n’est pas riche, ce n’est pas le Pérou.

Pas surprenant, donc, que la découverte de Lima passe nécessairement par le centre patrimonial de la capitale (cercado), qu’il faut visiter à pied, histoire de baigner dans l’histoire, justement. « Le centre de Lima est classé, comme la Ville de Québec, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il n’y a plus de fortifications, mais on sent toujours l’esprit des pionniers, on sent les traces de l’histoire. » Parmi les sites à ne pas manquer, l’Université nationale majeure de San Marcos revendique le titre de la doyenne des universités en Amérique. Fondée vers 1551, ses plus anciens édifices toujours debout sont aujourd’hui quatre fois centenaires. L’église San Francisco tient pour sa part son attrait de son architecture typiquement coloniale, mais surtout de ce qu’elle garde bien caché sous ces enceintes. Ses vastes catacombes, ouvertes au public, constituaient le premier cimetière de Lima. Elles accueillent les ossements de près de 75 000 personnes. Le musée de la Sainte Inquisition adjacent permet d’ailleurs de se familiariser avec le climat qui régnait à une époque où tout ce qui n’était pas catholique pouvait devenir un motif d’arrestation et de torture. Ce triste pan de l’histoire est tout en contraste avec l’hypermodernité de la ville, second passage obligé d’un voyage au centre de Lima. Bon an, mal an, 10 millions de personnes habitent aujourd’hui la capitale péruvienne. « Il n’y a pas de lamas à Lima! C’est une grande ville, qui connaît une croissance de l’ordre de 8 % par année depuis 2004. Si Saint-Hyacinthe avait connu la même croissance, il y aurait 100 000 Maskoutains aujourd’hui et au moins deux ou trois édifices d’une dizaine d’étages. » Dans une dynamique très libérale, les plus riches – environ 1 million d’habitants – donnent dans la spéculation en misant sur les droits de propriété. Dans la classe moyenne, « les 9 millions » se mènent eux aussi une compétition féroce. « Au plan économique, c’est très agressif. Chacun se bat pour gagner son pain. La chance existe pour tout le monde de réussir, alors chacun a une entreprise de vêtements ou de souliers dans sa cuisine et les inventions de toutes sortes se multiplient. » Mais la distinction n’est pas qu’économique entre les classes sociales. Les 9 millions, ce sont aussi, pour la plupart, des Métis, qui conservent des traces importantes de leur tradition tout en embrassant la modernité de Lima. Par exemple, la plupart des habitants donnent toujours un verre à la Mère Terre en envoyant au sol la dernière gorgée d’un verre d’alcool. « C’est vrai même au Palais présidentiel! Une fois, j’assistais à un événement dans une salle historique. Le plancher devait avoir 200 ans. Et tout le monde lançait sa dernière goutte par terre! »

Une agriculture vieille de 6 000 ans

Entre les Andes, la côte Pacifique et la forêt amazonienne, le Pérou compte 120 climats, qui permettent une grande variété de produits agricoles frais.

« La cuisine péruvienne est sur le même pied que la cuisine française ou chinoise. C’est diversifié et plein de saveurs », affirme M. Filion. On compte parmi les plats typiques le ceviche, un met préparé à base de poisson cru mariné dans du jus de citron, et la pomme de terre, apprêtée à toutes les sauces. C’est d’ailleurs à Lima que se trouve le Centre de recherche mondial de la pomme de terre. « Les Péruviens sont des spécialistes de l’agriculture dans toutes les conditions. Ce sont près de 6 000 ans d’histoire agricole qui se trouvent derrière leurs techniques. Pour des agriculteurs québécois, c’est d’un grand intérêt de voir tout ce qui s’y fait. » Ne cherchez toutefois pas le café dans les petits restaurants de quartier. « Le bon café, on le vend à l’étranger, si bien que si vous voulez boire un bon café péruvien au Pérou, c’est au Starbucks qu’il faut aller! » C’est aussi ça, un pays développé!

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