25 février 2021
Consolidation des opérations de Semex
Pauvre Starbuck
Par: Martin Bourassa

S’il avait une sépulture à Saint-Hyacinthe, je suis convaincu que Starbuck, grand taureau reproducteur et vedette incontestée du Centre d’insémination artificielle du Québec (CIAQ), se serait retourné dans sa tombe. Il aurait vu l’annonce de l’arrêt prochain des activités de production de semences à Sainte-Marie-Madeleine comme un affront. Avec raison.

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Ces installations, on les lui doit en bonne partie. C’est un peu beaucoup Starbuck, décrit comme l’ancêtre de 95 % des vaches du Québec, qui a fait la renommée internationale et la richesse du CIAQ. Il s’est en effet vendu pas moins de 685 000 doses de sa semence dans 45 pays, pour des revenus nets cumulatifs de 25 M$.

C’est dire la forte symbolique derrière la décision de sacrifier ces installations, aménagées le long du boulevard Laurier en 1985, sous prétexte d’une consolidation des opérations de Semex, alliance canadienne à laquelle appartient le CIAQ depuis 1997. En septembre, le bétail prendra le chemin de l’Ontario, où se trouve le siège social de Semex. Quelque 70 employés seront aussi remerciés à Sainte-Marie-Madeleine.

Propriété de la Fédération des producteurs de lait du Québec, du Conseil québécois des races laitières et du Conseil provincial des cercles d’amélioration du bétail, le CIAQ est l’un des trois copropriétaires de Semex, à la hauteur de 45 % des parts. L’autre 55 % est partagé entre les centres de génétiques WestGen et EastGen. Ceci expliquant peut-être cela, l’entité québécoise est donc minoritaire au sein du groupe, même si elle dit appuyer sans réserve la fin de la production de semences chez nous et le déménagement du cheptel pour des raisons économiques et de compétitivité.

On nous dit de ne pas trop nous inquiéter pour la suite des choses, que cette décision d’affaires ne doit pas être interprétée comme le début de la fin pour les activités québécoises. Les opérations de recherches et de génétique menées dans les installations de la rue Sicotte à Saint-Hyacinthe ne sont pas touchées par cette consolidation. On va donc prélever la précieuse semence de taureaux à Guelph et nous la retourner sous forme congelée pour alimenter les laboratoires maskoutains. Espérons que cette logique trouvera longtemps sa raison d’être. L’avenir et/ou les deux autres copropriétaires de Semex nous le diront.

Quant au site de Sainte-Marie-Madeleine, qui s’étend sur quelque 27 hectares de terres zonées agricoles, le CIAQ dit qu’il collaborera avec Semex pour lui trouver une nouvelle vocation afin que « ce lieu demeure un symbole de l’agriculture au Québec. » Si jamais le CIAQ est vendeur, et même s’il ne l’est pas, la MRC des Maskoutains [ou Saint-Hyacinthe Technopole], doit tout faire pour mettre le grappin sur ce site et convaincre le CIAQ de lui céder. Cela obligera la relocalisation des équipes de Traitements et expédition des commandes et surtout le retrait de la cinquantaine de réservoirs de semences d’une capacité de 11 millions de doses. Mais rendu là.

Car sait-on jamais, dans la mesure où une coopérative spécialisée dans l’abattage et la transformation de volailles pourrait avoir besoin de 27 hectares de terrain pour étendre ses activités et investir 200 M$, voilà un possible plan B.

Questionnés par LE COURRIER sur la possibilité qu’Exceldor puisse y aboutir si jamais ses démarches pour s’installer sur des terres cultivées au bout du parc Théo-Phénix échouent devant la CPTAQ ce printemps, les gens du CIAQ ont estimé que « des contraintes incontournables » se dresseraient devant la coopérative. Bien entendu, il faudrait obtenir le feu vert de la CPTAQ ou un décret gouvernemental. Est-ce que l’Union des producteurs agricoles pourrait appuyer ce plan B et convenir qu’il s’agirait là d’un site de moindre impact? La question se pose.

Aussi, la présence de l’aéroport, de biais aux installations du CIAQ, complique les choses. Mais son propriétaire cherche à s’en départir depuis des années. Et autant la Ville de Saint-Hyacinthe que la MRC des Maskoutains ne cessent de tergiverser sur son avenir. Alors si jamais l’achat de l’aéroport et sa fermeture pouvaient permettre d’assurer la pérennité d’Exceldor dans la MRC, nos élus n’auraient d’autre choix que d’y songer sérieusement. Très sérieusement, en faisant la liste des Pour et des Contre et en sortant leur calculatrice.

Ce débat serait certes intéressant étant donné que l’aéroport se trouve à Saint-Hyacinthe et le site de Semex à Sainte-Marie-Madeleine. Cette municipalité hériterait au surplus des revenus de taxes advenant l’arrivée d’une usine qu’il faudrait relier aux infrastructures de Saint-Hyacinthe. Voilà tout un défi de concertation régionale en perspective!

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