27 octobre 2011
Pensionnaire au Séminaire 1937-1945 (5)
Par: Le Courrier
Un étudiant en costume militaire. Gaétan Bédard en habits militaires estivaux devant la porte des Maires en avril 1945 (collection Grégoire Girard).

Un étudiant en costume militaire. Gaétan Bédard en habits militaires estivaux devant la porte des Maires en avril 1945 (collection Grégoire Girard).

Le service militaire à partir de 1943

Le service militaire à partir de 1943

Le 27 avril 1942, le gouvernement du Canada s’était fait dégager, par plébiscite, de la promesse électorale de ne jamais imposer la conscription pour service militaire outre-mer. Comme le gouvernement avait d’abord décrété l’enregistrement de tous les Canadiens de 14 à 60 ans, le 19 septembre 1940, il avait en main les renseignements requis pour mobiliser le personnel nécessaire aux forces armées. Ainsi, chaque citoyen mâle qui atteignait l’âge de 18 ans recevait l’ordre de se présenter à l’unité militaire qu’il désignait pour passer un examen médical et, s’il était jugé apte, il commençait son entraînement pour service sur le territoire canadien, En fait, ce n’est que le 16 novembre 1944 qu’a été adopté le décret pour service outre-mer.

Les étudiants étaient exemptés du service dit « actif », mais étaient tenus de faire l’entraînement de base (basic training) dans la Réserve. Comme j’avais atteint l’âge de 18 ans, le retour au Séminaire en septembre 1943 était accompagné de l’obligation d’endosser l’uniforme militaire trois fois par semaine et de partir en parade vers le manège militaire du boulevard Laframboise sous le commandement de l’étudiant Alban Lemay à qui le régiment de Saint-Hyacinthe avait décerné le grade de sergent-major. Dans la grande salle d’exercice, chaque lundi, mercredi et vendredi, de 19 à 21 heures, on nous enseignait à marcher au pas, à effectuer des mouvements de parade, à manier le fusil, les stratégies de combat. En outre de l’entraînement régulier, des expéditions sur le terrain étaient prévues pour huit jeudis de 10 à 17 heures afin d’apprendre les mouvements de troupes en forêt ou en terrain accidenté, le tir à la carabine et autres activités connexes. Au cours de l’été 1944, tous les étudiants enrôlés devaient aller s’entraîner pendant trois semaines, en logeant sous la tente. Cet entraînement avait lieu au camp militaire de Farnham où se trouvaient déjà plus d’un millier de soldats de l’armée active, c’est-à-dire, l’armée d’élite où les exercices étaient sévères, difficiles et de nature à préparer des soldats à faire face aux pires situations. Notre entraînement, quoique moins pénible, comprenait des marches forcées, des exercices de tir, et des combats simulés avec des troupes de l’armée active. Au cours de l’année scolaire 1944-1945, les exercices devenaient plus fréquents en raison de l’arrêté ministériel voté le 16 novembre 1944 prévoyant que 16 000 conscrits des unités de réserve en sol canadien seraient envoyés outre-mer. Notamment, nous avions été appelés à faire un exercice de nuit où toutes les lumières de la ville avaient été éteintes de même que celles à l’intérieur des maisons : c’était le « black out » total. Notre rôle était de faire la surveillance, deux par deux, au coin de chacune des rues de la ville. Participaient aussi à cet exercice des matelots de l’École des Signaleurs de la Marine dont les locaux se trouvaient au nord-est de l’actuelle avenue des Vétérinaires, entre la rue Sicotte et le Canadien National. D’autres sorties étaient commandées par les autorités militaires pour parader en ville à l’occasion de la promotion des Emprunts de la Victoire, pour participer aux cérémonies à l’occasion de l’anniversaire de l’Armistice et pour des exercices de tir à Farnham. Tous les trois mois, au cours des années d’entraînement, nous recevions un document du gouvernement fédéral sur lequel était inscrite notre exemption de service actif tant que nous serions étudiants au Séminaire. Puis, le 8 mai 1945, la guerre était finie en Allemagne et ce fut la fin immédiate de l’entraînement obligatoire. À la fin de l’année scolaire, nous allions remettre nos costumes au sergent quartier-maître Darveau, au manège militaire.

Chaque génération laisse des traces de son passage au Séminaire

Selon une coutume établie depuis des temps immémoriaux, chaque génération d’étudiants se faisait un devoir de laisser des traces de son passage au Séminaire. D’ailleurs, l’institution elle-même tenait à conserver des souvenirs des élèves en prenant soin de faire photographier, chaque année, toutes les classes avec leurs professeurs. Pour les finissants, ce geste prenait la forme d’une grande mosaïque où apparaissaient les photos du Séminaire, de chacun des finissants et des professeurs. Cette mosaïque était accrochée dans un des corridors de la maison à la suite des précédentes.

Un autre geste qui s’inscrivait dans la tradition était la révélation des « vocations » ou choix de vie future de chacun des finissants. La cérémonie prenait place dans la grande salle de récréation devant l’ensemble des étudiants réunis pour l’occasion. Chaque finissant s’avançait à tour de rôle pour révéler son futur état de vie. Ceux qui annonçaient « Père Blanc » ou « Franciscain » ou « Dominicain » recevaient des applaudissements plus nourris que ceux qui déclaraient « avocat » ou « ingénieur ». Ces choix avaient d’abord été inscrits, par ordre alphabétique, sur un tableau noir dont l’abbé François-Xavier Côté prenait une photographie et dont une copie était déposée au Séminaire comme le voulait la tradition.

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