30 mai 2019
Pesticides : la solution passe par les producteurs
Par: Le Courrier

Les agriculteurs, tous secteurs de production confondus, prennent chaque jour des centaines de décisions dans la gestion et l’exploitation de leur ferme. Certaines sont prises facilement, quand il s’agit de situations qui se répètent, alors que d’autres exigent plus d’analyses.

Des décisions au quotidien, dans le feu de l’action, à la suite d’un imprévu, d’un bris d’équipement, de conditions météorologiques défavorables ou changeantes, d’achats à planifier, de main-d’œuvre à gérer et d’orientations à définir pour l’entreprise, à moyen et long terme.

Pas simple, la gestion d’une entreprise agricole. Mais c’est justement ce qui rend le métier de producteur si intéressant. Il n’y a pas une journée pareille et la nature nous réserve toujours des surprises.

L’utilisation ou non des pesticides fait partie des décisions que nous devons prendre dans nos fermes. Ces produits existent parce qu’ils répondent à un besoin : contrôler les mauvaises herbes, les insectes et les champignons qui s’attaquent aux cultures. La protection des cultures est primordiale, que l’on soit jardinier amateur, maraîcher, horticulteur, producteur de grains ou de fourrage. Que l’on soit en production biologique ou conventionnelle, contrôler les ennemis des cultures est essentiel.

Les outils pour combattre les ravageurs des cultures sont variés : couverture du sol avec des films de plastique, désherbage mécanique, rotation de cultures et cultures intercalaires ainsi que d’autres moyens sont de plus en plus utilisés pour diminuer l’emploi des pesticides de synthèse. La recherche doit se poursuivre pour que d’autres solutions de rechange soient offertes. Les essais-erreurs pour tester ou adapter ces solutions sont souvent réalisés par les producteurs, membres des clubs agroenvironnementaux et partagés par la suite.

Les agriculteurs sont constamment en train d’analyser les résultats de telle ou telle action, selon telle ou telle circonstance, en vue de réduire leurs coûts de production et, si possible, d’augmenter le rendement de leur récolte. C’est la seule façon de perdurer dans ce métier.

Ils sont aussi très critiques, dans le bon sens du terme, à l’égard des conseillers-vendeurs. On sait tous que les produits miraculeux n’existent pas. L’achat de pesticides est une dépense importante et leur application est délicate.

Dans ce dossier, la solution passe par la formation des producteurs, le développement de solutions de remplacement viables, le transfert des connaissances et la rétribution des bonnes pratiques. Les agriculteurs sont seuls à assumer les conséquences des décisions qu’ils prennent. Ils ont besoin de conseils éclairés, de différentes sources.

En ce sens, les experts-conseils, agronomes et technologues agricoles sont importants. Les experts-vendeurs occupent une position stratégique auprès des producteurs et je sais que leur intérêt est double : le mien, s’ils veulent me garder comme client, et leur rentabilité, s’ils veulent rester en affaires.

Les experts-conseils non liés jouent un rôle différent. Ils vendent leur savoir-faire et transmettent leurs connaissances à tous leurs clients. En tant que producteur, l’accès à ces deux réseaux est important pour moi. Les experts qui m’offrent leurs produits et leurs solutions ont devant eux un agriculteur mieux équipé, plus critique, et en mesure de prendre de meilleures décisions.

La Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) entamera bientôt son mandat d’initiative sur les pesticides. Les parlementaires devront aborder le sujet de façon pragmatique. Les producteurs sont et devront être au cœur de la stratégie.

Marcel Groleau, président général
L’Union des producteurs agricoles

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