4 avril 2019
« Petit à petit, l’oiseau fait son nid! » Ainsi va la biodiversité
Par: Le Courrier

Ce nichoir permet d’étudier la population d’hirondelles bicolores en partenariat avec l’Université de Sherbrooke. La quinzaine de nichoirs sur la propriété de Fernand Giard apportent beaucoup de vie, pour le plus grand plaisir de l’agriculteur. Photo Réal Voghel | MRC des Maskoutains ©

Fernand Giard. Photo Réal Voghel | MRC des Maskoutains©

Fernand Giard et Réal Voghel. Photo Réal Voghel | MRC des Maskoutains©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec une dizaine de producteurs agricoles qui ont participé à la 2e édition du projet Le photographe est dans le pré. Ils étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs qui s’appliquent à préserver la biodiversité de leur milieu de vie et de travail. Fernand Giard a accueilli chez lui le photographe Réal Voghel.

Venu au monde sur le 4e Rang, à Saint-Hugues, Fernand Giard a repris la ferme de ses parents. Il est marié à Josée Bisson, associée à la ferme, et c’est son fils Nicolas qui prendra la relève. Ce dernier représentera la 5e génération à vivre de l’agriculture, ce dont Fernand Giard est très fier. La ferme, avec ses 165 vaches, est spécialisée en production laitière. Deux cent cinquante arpents sont cultivés et on y trouve un boisé de 80 arpents.

Quels aménagements avez-vous faits pour préserver la biodiversité?

« Tout a commencé simplement, en m’impliquant dans le regroupement pour la revitalisation de la rivière Chibouet, mais ça faisait aussi une vingtaine d’années que je collaborais avec un club d’agroenvironnement. C’est comme ça que j’ai appris qu’on cherchait, en Montérégie, des fermes pour accueillir des nichoirs d’oiseaux et plus spécifiquement pour l’hirondelle bicolore. Une quinzaine de producteurs agricoles ont accepté ce projet, chapeauté par l’Université de Sherbrooke. » Sur la ferme, il y a une quinzaine de nichoirs qui longent l’espace entre la terre de M. Giard et celle de son voisin, jusqu’au chemin et la rivière.

Avec une bonne dose d’humilité, M. Giard donne quelques détails sur les autres actions qu’il a entreprises afin d’améliorer la biodiversité. « Via le comité de revitalisation de la rivière Chibouet, nous avons aménagé des bandes riveraines. C’est un projet minime, certes, mais qui touche quatre propriétaires différents. L’un d’entre eux est un producteur bio et il a conçu une bande riveraine élargie avec de la semence florale, spécifiquement, pour maximiser la biodiversité. Deux autres propriétaires sont des producteurs de grandes cultures. La bande gazonnée servant de bande riveraine varie de 1,5 à 6 mètres, selon les besoins. À l’automne, il y a eu du piquage de trois à cinq espèces de plantes différentes, dont le sureau. »

Le projet sera sans doute publicisé prochainement, par des pancartes qui seront installées au bord de la route du Moulin.

M. Giard termine sur ce sujet en mentionnant la haie brise-vent qu’il a plantée il y a une quinzaine d’années et qui a pris une belle expansion. Elle était composée, à l’origine, de trois espèces d’arbres, dont le mélèze, le pin blanc et une espèce feuillue qui a réussi à bien s’implanter. La haie ayant été laissée au naturel, elle abrite maintenant une flore et une faune variée.

Quels bénéfices en tirez-vous?

« Avant, il y avait un peu plus d’érosion et un fossé avait été entretenu. En l’aménageant, ça va mieux contrôler les berges et c’est sûr que ça va aider à retenir davantage les sédiments. C’était le but et j’ai bien confiance que ça fonctionne. »

Fernand Giard avoue qu’il a accepté le projet de collaboration avec l’Université de Sherbrooke par intérêt personnel et par curiosité. Comme les oiseaux sont identifiés et bagués, on peut suivre leurs déplacements. Chaque année, il reçoit un rapport qui contient toutes sortes de statistiques pouvant être utiles sur le plan scientifique.

« Les hirondelles bicolores, ça agrémente l’environnement. On voit bien toute l’activité liée à ces nids-là et c’est une chose que j’apprécie. »

Comment faites-vous pour avoir une production optimale tout en protégeant l’environnement?

« On a fait les aménagements dans des secteurs peu utiles à l’agriculture, par exemple, des espaces perdus près des coulées servant à fournir des herbages avec des plantes qui poussent rapidement. L’amélioration de la biodiversité, ça s’est fait petit à petit, sur une vingtaine d’années. De cette manière, ça ne pèse pas trop lourd par rapport aux autres investissements pour faire fonctionner la ferme. »

Fernand Giard reconnaît qu’il a profité des programmes de subventions et qu’il a eu de l’aide pour la « paperasse » et la fertilisation. Il est aussi conscient que la forêt qui occupe une partie de sa ferme représente un très beau potentiel.

Comment voyez-vous la production agricole du futur par rapport à la protection de la nature?

« Les agriculteurs ont toujours su s’adapter et j’ai confiance que, dans l’avenir, il en sera de même, tant que notre métier sera rentable. »

Comme exemple, M. Giard mentionne les nouvelles restrictions sur l’usage des néonicotinoïdes. Il croit que les agriculteurs vont s’adapter à ces restrictions. Il donne comme autre exemple l’invitation qu’il a reçue récemment pour recycler le plastique utilisé sur sa ferme pour l’emballage du foin. En réponse à cette demande, il prévoit intégrer ces opérations de compactage et de transport vers les centres de tri.

Du témoignage de Fernand Giard, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que les améliorations de la biodiversité se font par étape, tout comme, petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Par Micheline Healy

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