30 mars 2017
Carte blanche
Petite géante 
Par: Christian Vanasse
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Un ancien proverbe dit : « Un vieillard qui meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle ». À travers cette magnifique métaphore sur la transmission des traditions et des connaissances par la parole ou le texte, j’ai pensé à Mme Janine Sutto. 

Un concert d’éloges saluera son départ et sa mémoire et ce sera amplement mérité en considérant l’héritage laissé par cette grande dame du théâtre qui faisait partie de notre paysage culturel depuis si longtemps que pour moi, elle semblait sans âge. 

Mon âge justement, fait que je ne l’ai jamais connue autrement qu’avec ses cheveux blancs, sa taille menue, sa voix éraillée à la fois puissante et juste et ses gestes lents, mais d’une précision chirurgicale. Son rire franc et honnête agissait comme une fontaine de jouvence sur tous ceux et celles qui l’entendaient. Je l’ai toujours connue vieille, mais toujours vue jeune. 

Sa dévotion et son respect pour notre art et notre langue la rangent aux côtés des bâtisseurs de peuple qui nous ont emmenés dans la modernité avec élégance. Depuis les Belles Sœurs de Michel Tremblay jusqu’à ses derniers rôles, ses bras meurtris nous tendaient bien haut le flambeau de la culture. Pour cela, j’espère qu’on lui fera l’honneur de funérailles nationales au même titre que les Richard, Béliveau, Miron, Riopelle ou même Angélil. À ce propos, j’écrivais l’an dernier : « Curieusement aucune femme encore n’a reçu cet honneur. Pas même Léa Robak, Madeleine Parent ou Anne Hébert. Privilège masculin ou vieux réflexes à changer? À méditer la prochaine fois qu’une géante nous quittera ».

Dans le cas de Mme Sutto, c’est non seulement la bibliothèque, que dis-je, une académie au complet qui est partie. Toute sa vie elle nous a fait honneur. À nous de lui rendre la pareille.

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