2 février 2012
Petite histoire de la raquette maskoutaine (4)
Par: Le Courrier

Après la décennie 1880-1890 où la raquette semble à son apogée à Saint-Hyacinthe, le sport de la raquette perd en popularité. Les historiens expliquent ce déclin par le fait que l’aspect sportif de la raquette fut négligé au détriment de son côté festif. Il semblerait que les abus de boisson remarqués lors des carnavals ou réunions de raquetteurs aient suscité l’opposition des autorités religieuses de l’époque.

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Après la décennie 1880-1890 où la raquette semble à son apogée à Saint-Hyacinthe, le sport de la raquette perd en popularité. Les historiens expliquent ce déclin par le fait que l’aspect sportif de la raquette fut négligé au détriment de son côté festif. Il semblerait que les abus de boisson remarqués lors des carnavals ou réunions de raquetteurs aient suscité l’opposition des autorités religieuses de l’époque.

Qu’à cela ne tienne, la raquette reviendra en force en 1907 avec la fondation de l’Union canadienne des raquetteurs. Afin de rehausser le côté sportif, l’organisation, regroupant 28 clubs au Québec, se joint à l’Association athlétique amateur du Canada. Le premier congrès de l’Union se déroule à Québec en 1908. Cette même année, des raquetteurs maskoutains se réunissent pour former le club l’Infatigable. En février 1909, des membres de l’Infatigable se rendent à Sherbrooke pour participer à la deuxième convention de l’Union. Fort actifs, les Maskoutains portent bien leur nom, puisque dès l’année suivante ils organisent la convention à Saint-Hyacinthe.Vingt-trois clubs, dont les clubs maskoutains Zou-Zou et Infatigables prennent part à cet événement qui se déroule les 5 et 6 février. Selon le programme souvenir de l’Union canadienne des raquetteurs publié en 1928 : « La parade à travers les rues très bien décorées et pavoisées, les courses, la procession aux flambeaux, le feu d’artifice, les illuminations, l’assaut de la ville, l’attaque du Manège (militaire), le concert-boucane, la distribution des prix, la parade d’église, tels furent les principaux événements qui suscitèrent beaucoup d’intérêt, d’enthousiasme par toute la ville ». Mais la société évolue et les dames ne jouent plus les simples accompagnatrices, puisque désormais elles sont membres à part entière. En 1915, le journal Le Clairon fait état qu’une dizaine de raquetteuses ont effectué une marche de plusieurs kilomètres pour aller visiter la famille Nichol dans le Grand Rang. L’année suivante, l’Infatigable loue un chalet sur la rive sud de la Yamaska et quitte le giron du club des Inséparables auquel il était associé depuis 1908. Alors que l’hiver ne fait que commencer, le club compte déjà une cinquantaine de membres. Le programme de la saison 1918-1919 donne un aperçu des activités qui se répètent sensiblement année après année. Le 22 décembre, c’est l’ouverture officielle de la saison avec parade dans les rues de la ville, salutations au maire et prise de photos. La sortie est obligatoire. Une semaine plus tard, on se réunit au chalet pour glisser. Le 5 janvier 1919, une grande parade sillonne les rues de la ville. Le lendemain, on part en excursion à Granby. Le 12 janvier, c’est le dîner d’habitant au chalet. Le 19, on pend la crémaillère. Le 26, une grande parade en raquette se déroule avec le corps de clairons. Puis, on se prépare pour le carnaval qui a lieu les 1er et 2 février. Le 9 février, c’est un dîner au chalet; le 16 on part en excursion à Drummondville; le 23, il y a un concert boucane au chalet; et finalement, la saison se termine le 2 mars par une marche en raquette.À quelques reprises au cours de son existence, l’Infatigable recevra des clubs visiteurs dans le cadre de congrès ou de semi-congrès annuel. Par exemple, en 1933, on célèbre en grandes pompes les 25 ans du club. Près de 300 raquetteurs convergent vers Saint-Hyacinthe pour célébrer avec les Maskoutains. L’année suivante, sous l’habile direction d’Urbain Jutras, le club aménage une glissade de bois sur la rivière. Si l’Infatigable donne l’accès à ses membres, les non-membres doivent débourser 25 cents pour glisser.Les 22 et 23 février 1941, plus de 2 000 raquetteurs envahissent les rues de Saint-Hyacinthe dans le cadre du semi-congrès de l’Union canadienne des raquetteurs. Si cette convention est un succès pour plusieurs, les dirigeants de l’Union déplorent certains désordres dans leur rapport annuel : « Plusieurs raquetteurs se sont permis de faire l’annonce publiquement en se baladant sur la rue avec des bouteilles se permettant de boire à même devant tout le monde et bien souvent en compagnie de dames. […] Des fausses alarmes furent aussi sonnées durant le même semi-congrès ». Ces actes déplacés font l’objet de plaintes auprès du chef de police de Saint-Hyacinthe, mettant en évidence, encore une fois, le caractère festif des raquetteurs. Treize ans plus tard, en 1954, l’Infatigable accueillera plus de 1 500 raquetteurs lors du congrès annuel qui restera celui ayant connu le plus de succès. La dernière visite des raquetteurs du Québec remonte à 1967, alors que les membres du club les Vive la Joie organisent les festivités. À suivre…

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